sanskrit · Vedānta

Karma

karma (karman)

L'acte, et par extension la conséquence de l'acte. Dans la Bhagavad-Gîtâ, le karma n'est pas d'abord la loi morale de rétribution qu'en a fait l'Occident, mais le principe même de l'activité : tout, dans le cosmos, se tient par l'Acte. Nul ne peut s'en abstenir ; la question n'est donc pas d'agir ou non, mais de la manière d'agir.

En effet, les animaux vivent des fruits de la terre ; les fruits de la terre sont engendrés par la pluie ; la pluie, par le Sacrifice ; le Sacrifice s’accomplit par l’Acte.
Krishna (attrib.), Bhagavad-Gîtâ, Chapitre III, 14. Bibliothèque orientale, 1861 · trad. Émile Burnouf · source

Burnouf traduit karman par « l’Acte », avec une majuscule qui en marque le rang cosmique. Le verset déploie une chaîne : les êtres vivent des fruits de la terre, la terre des pluies, la pluie du Sacrifice, le Sacrifice de l’Acte — et l’Acte « procède de Brahma ». Le karma n’est donc pas seulement ce que fait un individu ; c’est le mouvement par lequel le monde se soutient et se renouvelle.

De là vient l’argument central de la Gîtâ contre la tentation du retrait. « Il n’est pas possible que l’homme, doué d’un corps, s’abstienne absolument de toute action. » Vivre, c’est agir ; ne pas agir est encore une manière d’agir, et la plus stérile. Le problème posé à Arjuna n’a jamais été de cesser d’agir, mais de cesser de s’enchaîner à ce qu’il fait.

À distinguer du kama, le désir, qui vient corrompre l’acte en y greffant l’attente du fruit : l’acte est neutre, le désir le rend liant. C’est pourquoi le karma-yoga ne supprime pas le karma mais le purifie, et que le nishkama-karma consiste à garder l’Acte en retranchant le seul désir. La rétribution morale qu’on associe spontanément au mot vient ensuite : elle n’est que le fruit dont la Gîtâ apprend à se délier.

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