grec · Stoïcisme

Synkatathesis

συγκατάθεσις (sunkatáthesis)

L'assentiment stoïcien : l'acte par lequel l'esprit accorde ou refuse son adhésion à une représentation. Une image, une nouvelle, une impression se présentent du dehors et nous les recevons passivement ; mais leur donner le poids du vrai — juger « cela est, cela est bon, cela est à craindre » — est un acte qui dépend de nous seuls. Toute la puissance d'une chose sur l'âme tient à ce consentement ; le retirer la désarme.

Ce qui fait la puissance des représentations sensibles, c'est la valeur que nous leur accordons, le consentement que nous leur donnons (συγκατάθεσις) ; rejetons-les, et elles ne pourront plus rien sur nous.
Jean-Marie Guyau (commentaire du Manuel d'Épictète), Manuel d'Épictète, introduction, Introduction du traducteur. Librairie Ch. Delagrave, 1875 · trad. Jean-Marie Guyau · source

Le mot grec sunkatáthesis (συγκατάθεσις) dit littéralement le fait de « poser avec », de déposer son accord auprès d’une chose. Dans la logique stoïcienne, c’est le troisième moment d’un processus : une représentation (phantasia) survient, l’esprit la considère, puis il donne ou refuse son assentiment. Les deux premiers temps ne dépendent pas entièrement de nous — l’impression vient, elle s’impose à la vue. Le troisième, oui : nul ne peut juger à notre place. C’est pourquoi les stoïciens y logent toute la liberté de l’homme, et toute sa responsabilité.

De là le renversement qui ouvre le Manuel. Si les choses ne troublent pas par elles-mêmes, mais par le jugement qu’on y ajoute, alors le travail ne porte pas sur le monde, qui ne nous obéit pas, mais sur l’assentiment, qui nous obéit. Suspendre le consentement précipité, examiner l’apparence avant de la croire, dire à l’image « tu n’es qu’une apparence » : c’est l’exercice de la prosochè, l’attention vigilante, et l’œuvre propre de la proairesis, la faculté de choisir. La synkatathesis en est l’acte ponctuel ; la proairesis, la faculté permanente qui le rend possible.

À distinguer du consentement dont parlent les Pères du désert face aux logismoi. Les deux nomment bien la charnière où une suggestion venue du dehors devient nôtre — mais l’assentiment stoïcien est un acte de l’intelligence, qu’une droite raison suffit à retirer, tandis que le consentement monastique est une reddition de la volonté, que l’on prévient par la veille et la prière plutôt que par l’argument. Le stoïcien corrige un jugement ; le moine refuse un hôte. Même seuil, deux gestes : assentir n’est pas céder.

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