grec · Mystique chrétienne

Logismoi

λογισμοί (logismoi)

Les pensées-tentations dans la spiritualité des Pères du désert. Non pas les pensées ordinaires, mais ces mouvements de l'esprit qui se présentent du dehors comme suggérés, et qui, si on les retient, conduisent au péché. Évagre le Pontique en a dressé la liste des huit principales. Le moine ne les choisit pas ; son combat consiste à ne pas y consentir.

Il nous fit voir clairement, dit-il, que ces pensées, que le diable avait inspirées dans notre cœur, étaient des piéges où il nous voulait faire tomber ; et il nous enflamma du désir d’une véritable mortification.
Jean Cassien (rapporté), Vies choisies des Pères des déserts d'Orient, Voyage de Jean Cassien et de l'abbé Germain, p. 107-118. Ad Mame et Cie, 1861 (compilation du R. P. Michel-Ange Marin) · trad. Arnauld d'Andilly · source

Le mot grec logismós signifie d’abord « calcul », « raisonnement », « pensée ». Dans le vocabulaire monastique, il prend un sens technique : la pensée qui assaille, l’idée qui surgit et sollicite l’assentiment. Cassien rapporte que le désir de retourner au pays, chez ses parents, lui était venu sous cette forme — et que l’abbé Abraham lui montra que « ces pensées, que le diable avait inspirées dans notre cœur, étaient des piéges ». Le logismos vient du dehors ; la faute n’est pas de l’éprouver, mais d’y céder.

D’où une psychologie spirituelle fine, qui distingue des degrés. La suggestion initiale n’engage pas ; vient ensuite le commerce avec la pensée, où l’on s’attarde et dialogue ; puis le consentement, où la volonté se rend. Tout l’art du moine se joue dans l’intervalle : non pas empêcher la pensée de naître, ce qui ne dépend pas de lui, mais la reconnaître pour ce qu’elle est et lui refuser le séjour.

À distinguer de la vaine-gloire, qui n’est pas le genre mais une espèce : un logismos particulier, celui qui guette l’estime des hommes, et que les Pères rangent parmi les huit. Parler des logismoi, c’est nommer la classe entière de ces pensées ennemies, dont la vaine gloire et l’orgueil ne sont que deux membres. À distinguer enfin de la sati bouddhique : le moine chrétien combat et chasse ses pensées comme des assaillants, là où l’attention bouddhique les observe sans guerre, jusqu’à ce qu’elles se dénouent d’elles-mêmes.

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