français · Philosophie occidentale

Plan de consistance

Chez Deleuze et Guattari, le plan de consistance est le plan d'immanence où les multiplicités se composent directement, par rapports de vitesse et de lenteur, sans forme ni sujet qui les organiseraient d'en haut. Il s'oppose au plan d'organisation : celui-ci est un principe caché, transcendant, qui se tient dans une dimension supplémentaire à ce qu'il ordonne ; le plan de consistance, lui, n'a jamais une dimension de plus que ce qui se passe sur lui. Il ne préexiste pas aux mouvements qui le tracent — on ne le découvre pas, on le construit.

Ce plan, qui ne connaît que les longitudes et les latitudes, les vitesses et les heccéités, nous l’appelons plan de consistance ou de composition (par opposition au plan d’organisation et de développement). C’est nécessairement un plan d’immanence et d’univocité.
Gilles Deleuze & Félix Guattari, Mille Plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2, Plateau « 1730 — Devenir-intense, devenir-animal, devenir-imperceptible… ». Éditions de Minuit, coll. « Critique », 1980

Deleuze et Guattari distinguent deux manières de concevoir un plan. Le plan d’organisation est un principe caché : il commande le développement des formes et la formation des sujets, mais ne se donne jamais lui-même — on ne peut que l’inférer de ses effets. Dessein dans l’esprit d’un dieu, structure secrète, partition exposée à côté de la musique : il occupe toujours une dimension supplémentaire à ce qu’il donne. C’est un plan de transcendance.

Le plan de consistance procède autrement. Plus de formes ni de sujets : seulement des rapports de mouvement et de repos, de vitesse et de lenteur entre éléments non formés ; des affects, des individuations sans sujet qui font des agencements collectifs. Consistance ne veut pas dire cohérence logique : c’est la tenue ensemble d’hétérogènes qui se composent directement, comme un rhizome connecte sans hiérarchiser. Le plan de consistance est le corps sans organes. Et il ne préexiste pas aux mouvements de déterritorialisation qui le déroulent, aux lignes de fuite qui le tracent, aux devenirs qui le composent : il se construit, pièce à pièce, et les deux plans ne cessent de travailler l’un sur l’autre — l’un rebouche les fuites, l’autre fait filer les particules hors strates. D’où la prudence requise : trop vite déstratifié, le plan de consistance vire au plan d’abolition.

Plan de consistance ≠ harmonie préétablie ou ordre cosmique stoïcien. Ces ordres-là sont donnés d’avance, garantis par une raison qui surplombe le monde et lui assigne sa fin. Le plan de consistance n’est garanti par rien : sans finalité, sans dimension surplombante, il n’existe qu’à mesure qu’on le trace.

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