arabe · Soufisme

Nafs

نفس (nefs)

Mot arabe signifiant « âme », mais au sens bas : le moi convoiteux, l'âme charnelle qui réclame, possède et se met au centre. C'est l'adversaire intérieur de la voie soufie, à mater avant tout. Garcin de Tassy le rend par « âme infidèle », « âme concupiscente » — l'instance qu'il faut, dit ʿAttâr, « faire périr » pour être en sécurité.

Détruis donc d'abord ton âme infidèle, sois croyant, et, lorsque tu auras fait périr cette âme concupiscente, tu seras en sécurité.
Farîd al-Dîn ʿAttâr, Le Langage des oiseaux (Mantic Uttaïr), Le discours de la huppe — sur le fanatisme et l'âme concupiscente. Imprimerie impériale, 1863 (transcription remacle.org) · trad. Joseph Héliodore Garcin de Tassy · source

De la racine arabe n-f-s, liée au souffle ; le nafs est d’abord le principe vital, puis, dans l’usage spirituel, l’âme tirée vers le bas — celle qui veut, accapare et se prend pour le centre du monde. Le mot n’est pas neutre : c’est le « moi » comme appétit, le pôle qu’il faut dompter pour que l’esprit puisse respirer.

Garcin de Tassy, faute d’un équivalent unique, le traduit par périphrases : « âme infidèle », « âme concupiscente », « concupiscence ». Le verdict d’ʿAttâr est sans douceur — il faut la détruire, la faire périr. La voie ne demande pas de raffiner le moi mais de le réduire : tant qu’il reste « un Pharaon dans la racine de chacun de tes cheveux », nul n’avance. C’est le même geste que l’extinction, pris du côté du combat plutôt que du côté de la grâce.

Mater le nafs n’est donc pas un préalable moral séparé de la mystique : c’est son premier versant. On ne s’unit pas à l’Un tant que subsiste une instance qui dit « moi » et le veut pour elle.

Nafs ≠ le « moi » psychologique occidental, instance neutre dont on soignerait l’équilibre. Le nafs n’est pas à équilibrer mais à combattre : non une fonction de la personne, mais l’avidité même qui se fait passer pour la personne. Le mater n’appauvrit pas le sujet — il le délivre de ce qui le tenait captif.

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