Tawḥīd
توحيد (tauhîd)
Mot arabe signifiant « faire un », « proclamer l'unité ». La profession de foi musulmane — il n'y a de dieu que Dieu — devient, chez les soufis, une expérience à vivre et non une formule à réciter : reconnaître l'Un jusqu'à ce que rien ne subsiste à côté de lui. ʿAttâr en fait la cinquième des sept vallées du chemin, « la vallée de la pure unité ».
la cinquième celle de la pure unité ( tauhîd )
De la racine arabe w-ḥ-d, « être un » ; le tawḥīd est la forme verbale qui en fait une action : unifier, tenir Un l’Unique. Le mot dit d’abord le cœur de l’islam — l’attestation qu’il n’y a de dieu que Dieu. Les soufis ne le récusent pas : ils le radicalisent. Proclamer l’unité n’est pas énoncer une vérité sur Dieu, c’est laisser cette unité défaire tout ce qui, en nous, prétend exister à part.
ʿAttâr place le tawḥīd en cinquième position sur le chemin, après la recherche, l’amour, la connaissance et l’indépendance, et avant la stupéfaction et l’extinction. L’ordre est éloquent : l’unité divine n’est pas le point de départ du croyant mais une vallée tardive, atteinte quand le voyageur a déjà beaucoup perdu. Là, la multiplicité des êtres cesse de faire écran ; tout se rapporte à un seul foyer.
Le tawḥīd prépare ainsi l’effacement du moi : tant qu’un « je » se tient en face de Dieu, l’unité reste une formule ; elle ne s’accomplit que dans l’extinction où tombe le dernier vis-à-vis.
Tawḥīd ≠ monothéisme dogmatique : le second affirme qu’il n’existe qu’un Dieu et s’arrête là ; le premier exige que celui qui l’affirme se laisse résorber dans ce qu’il affirme. Une doctrine peut se réciter ; une vallée se traverse.