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Kaitiaki

Mot māori : le gardien — souvent une tribu entière, plutôt qu'un individu — investi de la charge de veiller sur un lieu, une ressource ou un peuple. Selon Hirini Moko Mead, ce sont traditionnellement les tribus en occupation qui étaient les kaitiaki de tous les lieux de leur territoire ; revendiquer aujourd'hui le statut de kaitiaki d'un wāhi tapu, un lieu sacré, sert aussi à asseoir une prétention d'occupation ou de propriété. Le kaitiaki désigne l'agent, celui ou ceux qui gardent ; la kaitiakitanga, déjà publiée dans ce dictionnaire, désigne la charge elle-même, l'exercice continu de cette garde. Le terme n'est donc pas d'abord un concept écologique : c'est une position à la fois généalogique et politique, aujourd'hui réinvestie dans les revendications foncières et les demandes de reconnaissance.

They were the kaitiaki of all places in their areas of occupation. Today some groups want to be identified as the kaitiaki of a wāhi tapu as a way of asserting an occupation or owning claim.
Hirini Moko Mead, Tikanga Māori: Living by Māori Values, ch. « Wāhi Tapu, Taonga Tapu » (The Tapu of Places and Things), p. 90. Huia Publishers, 2003

Hirini Moko Mead — Ngāti Awa — situe le kaitiaki dans le contexte précis des wāhi tapu, les lieux sacrés, et de leur reconnaissance par les administrations contemporaines. Il rappelle l’ordre ancien : « They were the kaitiaki of all places in their areas of occupation » — les tribus étaient les gardiennes de tous les lieux de leur territoire d’occupation. Ce n’est pas une charge qu’on obtient, c’est une position qu’on tient, du seul fait d’habiter et de tenir un lieu depuis des générations.

Mead note aussitôt le glissement du présent : « Today some groups want to be identified as the kaitiaki of a wāhi tapu as a way of asserting an occupation or owning claim » — aujourd’hui certains groupes veulent être reconnus comme les kaitiaki d’un lieu sacré, une manière d’asseoir une revendication d’occupation ou de propriété. Le mot, ancien, se trouve requalifié par le droit foncier néo-zélandais, les demandes de règlement du traité de Waitangi, les études d’impact environnemental. Être kaitiaki aujourd’hui, c’est aussi plaider une cause devant une administration qui ignore la généalogie.

Le kaitiaki n’est ni un individu isolé ni une fonction qu’on endosse par vocation personnelle : c’est le plus souvent la tribu elle-même, ou le sous-groupe qui en tient la mémoire des lieux. Sa légitimité vient du whakapapa, la généalogie qui relie une lignée à une terre précise — pas d’un titre qu’on affiche, mais d’une continuité qu’on prouve par les récits, les tombes, les usages transmis.

Reste à distinguer nettement le kaitiaki de la kaitiakitanga, déjà présente dans ce dictionnaire par la voix d’Anne Salmond. La kaitiakitanga est la charge elle-même — le principe, l’exercice continu du soin, les obligations qui lient un gardien à ce qu’il protège. Le kaitiaki est celui qui la porte : l’agent, non l’abstraction. On peut décrire la kaitiakitanga sans nommer personne ; on ne peut pas être kaitiaki sans un lieu précis et une lignée précise qui vous y attachent. L’un est le principe, l’autre en est le sujet vivant — et c’est précisément cette différence que Mead éclaire quand il montre le mot retourné, au présent, en instrument de revendication.

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