Éthique de la terre
the land ethic
Formule par laquelle Aldo Leopold étend la communauté morale au-delà des humains, jusqu'aux sols, aux eaux, aux plantes et aux animaux — bref, à la terre prise comme un tout vivant. L'homme y change de statut : de conquérant qui dispose de la terre, il redevient un membre parmi d'autres, soumis comme eux au respect de la communauté qui le porte. L'éthique cesse d'être une affaire entre humains pour devenir une limitation que l'on s'impose envers le sol qui nous nourrit.
L’éthique de la terre repousse les limites de la communauté pour y inclure les sols, les eaux, les plantes et les animaux ou, collectivement, la terre.
Leopold écrit en forestier, pas en moraliste. Son point de départ est écologique avant d’être philosophique : « En écologie, une éthique est une limitation de la liberté d’action dans le cadre du combat pour la vie. » Les éthiques connues réglaient les rapports entre individus, puis entre l’individu et la société. Il en manque une troisième, qui réglerait le rapport de l’homme à la terre. C’est ce trou qu’il vient combler.
Le geste tient dans un agrandissement du cercle. La citation le dit sans détour : la communauté ne s’arrête plus aux humains, elle « repousse [s]es limites pour y inclure les sols, les eaux, les plantes et les animaux ». Le changement décisif n’est pas qu’on accorde des droits à la nature, c’est qu’on se compte soi-même dedans : « une éthique de la terre modifie le rôle d’homo sapiens, qui, de conquérant de la terre-communauté, en devient membre à part entière et citoyen ». Le conquérant sait toujours ce que la terre doit lui donner ; le membre, lui, ignore en grande partie de quoi est faite la communauté dont il dépend, et c’est cette ignorance qui commande l’égard.
L’éthique de la terre n’est pas la conservation au sens économique, qui ne protège un milieu qu’à proportion de son rendement. Leopold raille cette comptabilité : on sauvegarde l’espèce utile et l’on abandonne le reste comme « luxe esthétique », sans voir que les espèces sans valeur marchande « contribuèrent à constituer le sol ». Elle n’est pas davantage une déclaration juridique de droits abstraits plaqués uniformément sur tout le vivant : c’est une appartenance ressentie, un déplacement du regard qui précède toute règle. Là où le conquérant additionne des ressources, le citoyen de la terre-communauté apprend à penser comme une montagne.