grec · Stoïcisme

Hēgemonikon

ἡγεμονικόν (hēgemonikon)

Le hēgemonikon est, chez les stoïciens, la partie directrice de l'âme : le centre où se forment les jugements, où l'on accorde ou refuse son assentiment aux représentations. Tout le reste de l'âme et du corps lui obéit. Chez Marc Aurèle, c'est le seul lieu qui demeure inviolable — ni la douleur, ni la mort, ni autrui ne peuvent l'atteindre tant qu'il ne se trouble pas lui-même. Le soin de soi consiste à le maintenir droit.

Ce que je suis, après tout, c’est une misérable chair, un faible souffle ; mais il y a de plus en moi le principe directeur de tout le reste.
Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, Livre II, II. Wikisource FR (Germer-Baillière, 1876) · trad. Jules Barthélemy-Saint-Hilaire · source

Le mot grec hēgemonikon (ἡγεμονικόν) vient de hēgemōn, le guide, celui qui mène. C’est, dans la psychologie stoïcienne, la faculté qui commande : la part de l’âme qui pense, juge et décide, par opposition aux fonctions qu’elle dirige (la sensation, l’impulsion, la parole, la génération). Barthélemy-Saint-Hilaire le rend par « le principe directeur », « le principe chef et maître », « notre chef et notre guide » — autant de formules pour une seule idée : la partie de nous qui gouverne tout le reste.

Son travail propre porte sur les représentations (phantasiai), ces images que les choses impriment en nous. Une représentation se présente ; le hēgemonikon peut lui donner son assentiment, le lui refuser, ou suspendre son jugement. C’est là, et nulle part ailleurs, que se joue le bien et le mal pour le stoïcien : non dans ce qui arrive, mais dans le jugement que le principe directeur porte sur ce qui arrive. « Le principe qui nous gouverne ne se donne jamais à lui-même le trouble d’aucune passion », écrit Marc Aurèle au Livre VII ; il ne souffre que s’il se trouble lui-même.

De là vient l’exercice central des Pensées : revenir sans cesse à cette citadelle intérieure, l’inspecter, la garder propre. « Que se passe-t-il actuellement pour moi, dans cette partie de notre être qu’on appelle notre chef et notre guide ? » — la question est posée pour qu’on se la repose. Le hēgemonikon n’est pas un acquis, c’est une vigilance.

À distinguer de la proairesis épictétéenne, à laquelle on l’associe souvent à tort. Le hēgemonikon désigne la partie dirigeante de l’âme, son siège et sa structure ; la proairesis désigne l’acte même de choisir, la faculté de vouloir en exercice. L’un est l’organe, l’autre l’opération. À distinguer aussi de la « volonté » au sens moderne : le hēgemonikon n’est pas une puissance d’effort tendue contre les obstacles, mais une intelligence qui juge — sa liberté tient à la justesse de ses assentiments, non à sa force.

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