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la femme du Ciel

Skywoman

Nom que la botaniste Robin Wall Kimmerer (peuple potawatomi) donne, dans son anglais d'écriture — et non un mot d'une langue autochtone —, à la première femme du récit d'origine que portent les peuples des Grands Lacs nord-américains. Elle tombe du monde d'en haut par un trou du ciel, serrant contre elle un petit paquet : des fruits et des graines arrachés à l'arbre du monde céleste. Les animaux la sauvent — les oies l'amortissent, la tortue prête son dos, un rat musqué meurt en rapportant un peu de boue du fond —, et sur cette boue étalée sur la carapace elle sème ses graines et danse un monde vert. Le nom ne désigne pas une déesse qui ordonne d'en haut, mais une posture : la première ancêtre arrive en jardinière et en invitée, les mains pleines, débitrice — elle reçoit la terre des autres vivants et leur rend en la faisant pousser. Kimmerer l'oppose terme à terme à Ève : deux femmes tombées d'un jardin et d'un ciel, mais l'une vers le bannissement (la terre comme peine, le vrai séjour ailleurs), l'autre vers la co-création (la terre comme don et demeure).

She fell like a maple seed, pirouetting on an autumn breeze.
Robin Wall Kimmerer, Tresser les herbes sacrées (Braiding Sweetgrass), Chapitre « Skywoman Falling » (citation en anglais). Le lotus et l'éléphant, 2021 — éd. originale Milkweed Editions, 2013 · trad. Véronique Minder (« La femme du Ciel tomba en vrille comme une samare d'érable emportée par la brise d'automne »)

La femme du CielSkywoman dans l’anglais de Kimmerer — n’est pas un mot d’une langue autochtone, mais le nom qu’une botaniste potawatomi donne, dans sa langue d’écriture, à la femme du récit d’origine que les peuples des Grands Lacs portent ensemble. Elle tombe du monde d’en haut par un trou du ciel, et elle ne tombe pas les mains vides : elle serre un paquet de fruits et de graines arrachés à l’arbre céleste. En bas, des oies montent l’amortir, une tortue offre son dos, les bêtes plongent chercher la boue du fond ; sur cette boue, elle sème et danse, et la terre verdit.

Ce que le nom dépose n’est pas une divinité, mais une façon d’arriver. La première ancêtre n’est pas reine du monde : elle est jardinière et hôte. Elle reçoit la terre des autres vivants — les animaux qui l’ont sauvée — et s’en acquitte en la faisant fleurir. L’humain, dernier être créé, y est le cadet, qui apprend des aînés ; il n’hérite pas du commandement mais d’une dette. Là où une autre cosmologie remet la terre à l’homme pour qu’il la soumette, la femme du Ciel la lui confie comme un présent qu’il faudra rendre.

C’est pourquoi Kimmerer la place à côté d’Ève, et marque l’écart avant tout rapprochement. Deux femmes, deux chutes, deux jardins quittés — de sens inverses. Ève tombe par châtiment : la terre devient sa peine, un lieu de passage dont le vrai séjour serait ailleurs. La femme du Ciel tombe et la terre devient son ouvrage et sa maison. Le mot ne demande pas qu’on troque une histoire contre l’autre ; il rend audible ce qu’une cosmologie glisse, à notre insu, dans le rapport au sol : un exil provisoire qu’on endure, ou un don reçu qu’on soigne et qu’on remercie. Comme la remembered earth de Momaday ou l’urihi yanomami, la femme du Ciel tient la terre non pour un décor neutre, mais pour une relation dont on répond.

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