chinois · Transversal

Fa

法 (fǎ)

La loi telle que la pense le légisme de Han Fei : un standard objectif, public, écrit, le même pour tous sans égard au rang. Statuts et ordres formulés par l'État, assortis de récompenses pour qui obéit et de châtiments pour qui transgresse. Le souverain ne gouverne pas par la vertu ni par l'exemple, mais en rendant le mal impraticable — il « utilise l'incapacité des hommes à mal faire » plutôt que de compter sur leur bonté.

By law is meant statutes and orders formulated by the government, with punishments which will surely impress the hearts of the people. Rewards are there for those who obey the law and punishments are to be imposed on those who violate orders.
Han Fei (Han Fei Tzu), The Han Fei Tzu, in A Source Book in Chinese Philosophy, ch. 43. Princeton University Press, 1963 · trad. Wing-tsit Chan

« By law is meant statutes and orders formulated by the government, with punishments which will surely impress the hearts of the people. »Fa (法) désigne le modèle, l’étalon, la règle ; chez les légistes, la loi positive de l’État. Han Fei en donne une définition d’administrateur : des textes promulgués, publics, adossés à deux leviers — la récompense et le châtiment, qu’il nomme ailleurs les « deux poignées » du pouvoir.

Le ressort n’est pas la confiance dans l’homme mais sa défiance. « When the sage rules the state, he does not depend on people to do good for him, but utilizes their inability to do wrong. » La loi ne suppose aucune vertu : elle organise les peurs et les appétits de sorte que l’intérêt de chacun coïncide avec l’ordre. D’où l’exigence de publicité — une règle cachée ne peut impressionner les cœurs — et d’uniformité : elle vaut pour le ministre comme pour le manant.

C’est en cela que le fa rompt avec la tradition confucéenne. Le gouvernement par les rites (li, 禮) façonnait les conduites du dedans, par la honte et la déférence, et il était gradué : autres égards pour le prince que pour le serviteur. Le fa nivelle : il n’éduque pas le cœur, il en encadre les effets, et il traite les rangs à la même aune.

Le fa ≠ le rite confucéen, intériorisé et différencié, là où la loi est extérieure et uniforme. Le fa ≠ la droiture, ce sens intérieur du juste : Han Fei se défie précisément de toute mesure logée dans la conscience, trop incertaine pour gouverner. Le fa ≠ enfin la loi naturelle ou la bienveillance qui commence par les proches : ce n’est ni un ordre cosmique à découvrir, ni un amour à étendre, mais un artefact que le souverain pose et fait craindre.

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