français · Philosophie occidentale

Diplomatie du vivant

Chez Baptiste Morizot, l'art de négocier les usages partagés d'un même territoire entre humains et autres vivants, sans dominer ni se soumettre. Le diplomate des interdépendances ne représente aucun camp — ni le loup, ni le berger — mais travaille pour la relation qui les lie. Il n'impose pas une solution juste : il cherche un modus vivendi sans cesse renégocié, à hauteur de vivants.

La diplomatie avec le vivant en soi et hors de soi est un type de relation qui devient pertinent lorsqu’on cohabite ensemble, sur un même territoire, avec des êtres qui résistent et insistent.
Baptiste Morizot, Manières d'être vivant, « Cohabiter avec ses fauves – L'éthique diplomatique de Spinoza ». Actes Sud, 2020

La diplomatie commence là où la domination échoue. Avec des êtres qui « résistent et insistent » — un loup sur un plateau d’estive, une passion en soi, les abeilles d’un territoire —, on ne peut ni les détruire sans se nuire, ni les ignorer. Il faut composer. Morizot tire le mot de l’expérience du pistage des loups et de la cohabitation avec les troupeaux : le diplomate des interdépendances arrive avec ses fidélités, et repart « presque diplomate », tiraillé entre le berger, la brebis, le loup, l’herbe elle-même.

Le geste de pensée renverse la figure du juge. Le diplomate n’est pas un sage qui sait mieux que les autres où sont leurs intérêts, ni un porte-parole qui représenterait le loup comme un élu son électeur. Sa position est « positionnelle-relationnelle » : il est entre, attaché non à un camp mais à la relation durable entre les camps. Sa boussole est même un « léger barbouillement moral » envers chaque partie, signe qu’il ne travaille pour aucune au détriment de l’autre. Le bon accord, il ne le découvre pas : il l’invente, le renégocie — ce sont les égards ajustés.

La diplomatie du vivant n’est pas un anthropomorphisme naïf : nul besoin de prêter aux collemboles des sols la parole pour entrer en relation avec eux, seule compte l’interdépendance réelle. Et ce n’est pas une gestion technocratique des « espèces » : l’expert appointé optimise un stock, le diplomate tient ensemble des vies qui ne veulent pas être domestiquées.

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