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Yukar

yukar (variante yukara ; chant divin = kamui yukar)

Forme de l'épopée orale ainu (Hokkaidō, Sakhaline) : un chant scandé où le narrateur dit « je » d'un bout à l'autre. Dans le kamui yukar — l'épopée divine —, ce « je » n'est pas un humain mais un dieu-animal : le hibou-pêcheur, la grenouille, l'épaulard, le loup raconte lui-même sa visite au monde des hommes, sa farce, sa mort. Chaque phrase est suivie d'un refrain (sakehe) qui reproduit le cri propre de l'être qui chante. Le yukar n'est donc pas un récit sur les bêtes, à la troisième personne, mais la prise de parole du non-humain en première personne : la forme du chant est la cosmologie kamuy en acte. Chiri Yukie, première Ainu à transcrire ces chants (1922), ne consigne pas des histoires de dieux mais leurs voix mêmes.

Mythic epics which are sung with burdens are called kamui yukar
Donald L. Philippi, Songs of Gods, Songs of Humans: The Epic Tradition of the Ainu, Introduction, classification des genres épiques (citation en anglais ; regard extérieur). University of Tokyo Press / Princeton University Press, 1979 · trad. Donald L. Philippi

Yukar nomme une manière de chanter, et cette manière porte à elle seule une cosmologie. Le récit n’est pas tenu sur l’animal, à distance, au prétérit : il est tenu par lui, à la première personne. Dans le kamui yukar — l’épopée des dieux —, le hibou, la grenouille ou l’épaulard dit « je », raconte sa propre descente parmi les humains, et un refrain, le sakehe, redit entre chaque phrase son cri à lui, sa signature sonore.

Le spécialiste Donald Philippi, qui en a établi la traduction de référence (regard extérieur), note que tout le chant est un monologue tenu d’un seul bout par un seul locuteur, sans Muse ni narrateur qui s’interpose. La particularité ainu est que ce locuteur, dans les chants divins, est le non-humain lui-même. La grammaire fait ce que la croyance affirme : elle accorde au hibou une bouche qui dit « je ».

C’est ce qui sépare le yukar de la fable européenne, où le poète prête sa voix à la bête pour parler de l’homme. Ici l’humain se tait et transcrit ; l’animal garde sa voix. En 1922, Chiri Yukie, première Ainu à fixer par écrit la littérature orale de son peuple, ne note pas des contes : elle rend de nouveau audibles des kamuy — des personnes non humaines — qui, le temps d’un chant, choisissent de descendre raconter.

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