·

Wairua

Mot māori : l'esprit, l'âme de la personne — et des choses. Selon Hirini Moko Mead, tout enfant māori naît avec un wairua, déposé dans l'embryon par les parents ; il s'active quand les yeux se forment dans le fœtus et devient alors la part spirituelle de cette vie-là. À la différence du mauri, qui ne quitte jamais le corps qu'il anime, le wairua peut se détacher : pendant le rêve il sort du corps et revient avant le réveil. Il reste lié pour la vie à un être unique, peut être blessé par les mauvais actes, et — c'est sa marque propre — il persiste longtemps après la mort de la vie à laquelle il était attaché. Non pas une « âme » substance figée, mais une présence spirituelle mobile et durable.

Every Maori child is born with a wairua, which is usually translated as ‘soul’ or ‘spirit’.
Hirini Moko Mead, Tikanga Māori: Living by Māori Values, ch. « Te Tapu o te Tangata » (The Tapu of the Person), section « Wairua », p. 53. Huia Publishers, 2003

« Every Maori child is born with a wairua, which is usually translated as ‘soul’ or ‘spirit’ » — tout enfant māori naît avec un wairua, écrit Hirini Moko Mead, voix de l’intérieur, Ngāti Awa. Le wairua est implanté dans l’embryon par les parents ; il dort, puis s’éveille quand les yeux se forment dans le fœtus, et devient alors la part spirituelle de cette vie singulière. Beaucoup de mères māori parlent à l’enfant à naître : elles le croient déjà relié, déjà à l’écoute.

Là où le mauri ne quitte jamais le corps qu’il anime, le wairua peut s’en détacher sans jamais s’éloigner trop. Pendant le rêve, il sort du corps et revient avant le réveil. Hors ce pouvoir de se détacher, il demeure lié à un seul être humain pour la vie. On peut le léser : les mauvaises actions d’autrui, le chagrin, la blessure affaiblissent le wairua d’une personne.

Sa marque propre, c’est la durée. Quand la vie s’achève, le mauri cesse d’exister, mais le wairua continue — il survit à la mort du corps auquel il était attaché, veille au-dessus de lui plusieurs jours, puis prend son voyage. Il monte avec le tapu et le mana de la personne, et plonge ses racines dans le whakapapa, la lignée qui relie aux aïeux.

Le wairua n’est donc pas l’« âme » du dualisme cartésien : une substance close, posée une fois pour toutes en face d’un corps-machine. C’est une présence spirituelle mobile — qui se détache et revient, se blesse et se soigne, et persiste — nouée à une vie précise et à toute une parenté.

← retour au lexique