Tapu
Mot māori : l'état d'être mis à part, le sacré-interdit qui imprègne personnes, lieux, bâtiments, choses, mots et coutumes. Selon Hirini Moko Mead, le tapu est partout dans le monde māori et reste inséparable du mana, de l'identité māori et des pratiques culturelles. Son revers, noa, n'est pas son contraire ni son absence : c'est l'état rendu ordinaire, sûr, où un équilibre est retrouvé. Le tapu n'est pas le « tabou » exotisé des récits coloniaux, un interdit arbitraire à transgresser : c'est la qualité sacrée d'un être, qui se hausse et s'abaisse, et qu'on tient à un niveau qui ne mette personne en danger.
Tapu is inseparable from mana, from our identity as Māori and from our cultural practices.
Le tapu, écrit Hirini Moko Mead — voix de l’intérieur, Ngāti Awa —, va au cœur de la pensée religieuse māori. Et il tient même chez les Māori chrétiens : ce n’est pas affaire de choisir une religion contre une autre, mais d’intégrer des philosophies différentes et de réconcilier des contradictions apparentes. « Tapu is everywhere in our world » : il est présent dans les personnes, les lieux, les bâtiments, les choses, les mots, et dans toutes les tikanga, les manières de faire justes.
D’où la phrase qui le noue à tout le reste : « Tapu is inseparable from mana, from our identity as Māori and from our cultural practices » — le tapu est inséparable du mana, de l’identité māori et des pratiques de la culture. Sa source remonte aux parents primordiaux, Rangi et Papa, le Ciel et la Terre. Quand le mana d’un individu croît, son tapu s’élève en même temps.
On ne marche pas par-dessus une personne endormie, on ne fait pas passer d’objet au-dessus de la tête d’autrui — la tête étant la part la plus tapu du corps. Une maison s’ouvre à l’aube, parce qu’elle reste tapu jusqu’à ce que sculpteurs et bâtisseurs soient relevés du tapu du travail créateur.
Son répondant, le noa, est souvent apparié au tapu. Mais Mead avertit : « il n’est pas utile de penser le noa comme le contraire du tapu, ou comme son absence ». Un tapu trop haut est dangereux ; le rôle des tohunga est de l’abaisser jusqu’à le rendre noa, c’est-à-dire sûr. Le noa dit qu’un équilibre est revenu, une crise passée, la vie redevenue normale — la personne garde son tapu personnel.
Le tapu n’est donc pas le « tabou » des récits de voyage, cet interdit arbitraire et pittoresque qu’on brave pour l’aventure. C’est la qualité sacrée d’un être ou d’un lieu, une grandeur qui monte et qui descend, et qu’on administre — non pour effrayer, mais pour qu’aucune force ne fasse de tort.