the Blue Sky
le Ciel bleu (allemand der blaue Himmel)
Nom que l'écrivain touva Galsan Tschinag donne, dans son œuvre romanesque, au ciel de l'Altaï envisagé comme un proche — non une voûte d'air, mais un interlocuteur de la parenté des vivants. On l'adresse comme un père (à côté de la Terre-Mère), on le prie, on le remercie, on le supplie ; on peut aussi lui en vouloir et le dénoncer. Surtout, il peut vieillir : un vieillard accablé lui reproche de « ne plus écouter », d'« être devenu sourd à force de vieillir » — trait qui le sépare de tout Absolu immuable. Le terme est l'expression de Tschinag (allemand der blaue Himmel, anglais the Blue Sky de la traduction), non un mot de langue touva, qui n'est pas livré dans le texte : provenance signalée, rien d'inventé.
“Don’t ask me. Ask the Blue Sky.” “The Blue Sky no longer listens. He must have gone deaf from old age.”
Le « Ciel bleu » n’est pas un mot touva mais l’expression de Galsan Tschinag, qui écrit en allemand — der blaue Himmel — le monde de son enfance nomade dans le Haut-Altaï ; l’anglais the Blue Sky est celui de sa traductrice. Le nom touva de ce ciel n’est pas donné dans le texte, et on ne l’invente pas : ce qui est attesté, c’est la façon dont les personnages s’adressent à lui.
Le manque qu’il comble est net. Notre « ciel » est un dehors : enveloppe d’air, météo, bleu mesurable, surface au-dessus de nos têtes. Il n’a pas de mot pour le ciel tenu comme un vis-à-vis — celui qu’on prie, qu’on remercie, qu’on accuse, et qui peut écouter ou se taire. Chez Tschinag, on appelle « le Ciel-Père et la Terre-Mère » ; on ne prie pas une atmosphère, on prie quelqu’un.
Le trait décisif est qu’il vieillit. Un homme au comble de la douleur s’entend dire « demande au Ciel bleu », et répond que le Ciel bleu « n’écoute plus », qu’il « est devenu sourd à force de vieillir ». Un aîné qui s’use avec le temps : c’est là que le Ciel-Père se sépare du Dieu des monothéismes, éternel, immuable, sans âge, souverain qu’on n’égale pas. Il s’en distingue comme un proche d’un maître. Et la révolte le confirme mieux que la prière — l’enfant qui « se dresse contre le ciel » et lui « jette ses mots comme des armes » ne s’en prend pas à un vide : on ne dénonce que quelqu’un.
Il appartient au même monde que l’ovoo — le cairn où l’on salue, au col, le maître d’un lieu : Tschinag encore, le sol cette fois plutôt que la hauteur. Comme le kamuy ainu, où chaque être (eau, feu, hibou) est un hôte et non une chose, il refuse que le monde soit peuplé d’objets. Reste la question qu’il pose à qui ne lève plus les yeux que vers une enveloppe d’air : au-dessus de nous, un plafond — ou quelqu’un d’assez vieux, peut-être, pour avoir cessé d’entendre ?