français · Philosophie occidentale

Symbiocène

Symbiocene (angl.) — du grec sumbiosis, vie-avec + -cène, ère géologique

Néologisme forgé par Glenn Albrecht pour nommer l'ère qui doit succéder à l'Anthropocène : un âge où l'activité humaine cesse de dominer et de dégrader la Terre pour répliquer les formes et les processus de la symbiose, cette association du vivant réciproquement profitable à tous. Là où l'Anthropocène marque l'empreinte d'une espèce qui sape les fondements de toutes les autres, le Symbiocène désigne la réintégration du corps, de la psyché et de la culture humaines dans le reste de la vie. Une ère encore à venir, voulue plutôt que constatée.

Le Symbiocène sera une ère caractérisée par l’intelligence et la pratique humaines répliquant les formes et les processus symbiotiques se renforçant mutuellement pour reproduire la vie dans les systèmes vivants.
Glenn Albrecht, Les Émotions de la Terre, Chapitre « Le Symbiocène », section « Le Symbiocène ». Les Liens qui Libèrent, 2020 · trad. Corinne Smith

Albrecht prend la racine grecque sumbiosis — la vie-avec, l’association biologique où chaque partie tire profit de l’autre — et la greffe sur le suffixe -cène qui sert à nommer les ères géologiques. Le mot répond terme pour terme à l’Anthropocène, dont il refuse l’horizon : si l’on doit baptiser une époque où une seule espèce domine la planète au point d’en menacer les conditions de vie, Albrecht propose de l’appeler plutôt l’Obscène, et de lui opposer une autre ère, possible, fondée sur la symbiose.

Le Symbiocène n’est pas un retour en arrière ni une nostalgie du sauvage. Albrecht y voit une révolution de l’intelligence et de la technique : non pas imiter la nature en la mettant sous cloche, mais reproduire ses processus d’entraide à toutes les échelles, jusqu’à ce que l’empreinte humaine se confonde avec celle du vivant. C’est l’envers exact de la solastalgie : là où celle-ci nomme la détresse de voir son milieu se défaire, le Symbiocène nomme l’avenir où ce ravage cesse.

Le geste rejoint la symbiogenèse — l’idée biologique que l’évolution avance autant par coopération que par compétition — et l’éthique de la Terre qui élargit la communauté morale à l’ensemble du vivant. Le Symbiocène en serait la traduction à l’échelle d’une ère.

Le Symbiocène ≠ l’Anthropocène : le second est un constat géologique, le nom d’une domination déjà à l’œuvre ; le premier est un projet, une ère voulue qui n’existe pas encore. Il ≠ aussi une simple utopie verte : Albrecht ne décrit pas un état idéal mais un seuil à franchir, l’entrée délibérée dans une autre manière d’habiter la Terre.

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