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Sumak kawsay

sumak kawsay (kichwa) ; allin kawsay (quechua) — « vie belle / vie en plénitude »

Terme kichwa du monde andin — allin kawsay en quechua — qu'on rend en espagnol par buen vivir (Équateur) ou vivir bien (Bolivie), et en français par « bien vivre ». Mais Fernando Huanacuni Mamani prévient que la traduction courte trahit la mesure du mot. Décomposé dans sa langue d'origine (runa simi), sumak dit « plénitude, sublime, excellent, magnifique, beau, supérieur » et kawsay dit « vie, être en train d'être, exister » : la traduction la plus juste est « vie en plénitude ». Ce n'est pas un bien-être matériel ni un niveau de vie, mais la plénitude d'une vie tenue en relation — savoir vivre, puis savoir con-vivre, en harmonie et en équilibre avec la communauté humaine, la Terre-Mère et toutes les formes d'existence. Son horizon est collectif : on ne peut pas bien vivre si les autres vivent mal, ou si l'on abîme la nature.

Por otro lado, la traducción del kichwa o quechua (runa simi) es la siguiente: Sumak: plenitud, sublime, excelente, magnífico, hermoso(a), superior. Kawsay: vida, ser estando, estar siendo.
Fernando Huanacuni Mamani, Buen Vivir / Vivir Bien, « Vivir bien y buen vivir » (pp. 12-13). CAOI (Coordinadora Andina de Organizaciones Indígenas), Lima, 2010 · trad. texte original espagnol ; rendu français maison

Sumak kawsay est le nom kichwa d’un horizon que le quechua dit allin kawsay, et que l’espagnol a rendu de deux manières selon la frontière : buen vivir en Équateur, vivir bien en Bolivie. Le français suit : « bien vivre ». Fernando Huanacuni Mamani, qui en a réuni le sens pour une organisation indigène andine, prévient que ces traductions courtes « n’expliquent pas la magnitude du concept ». Il faut revenir aux mots eux-mêmes. Dans la langue d’origine, sumak dit la « plénitude, le sublime, l’excellent, le magnifique, le beau », et kawsay dit la « vie, l’être en train d’être ». Ce que le mot nomme, ce n’est donc pas un mieux-être : c’est une vie en plénitude.

La plénitude n’est pas ici une quantité. Elle tient à la relation. « Bien vivre, écrit Huanacuni, c’est la vie en pleine mesure — savoir vivre en harmonie et en équilibre » avec les cycles de la Terre-Mère, du cosmos, de la vie. D’où sa formule : il faut d’abord savoir vivre, puis savoir con-vivre. On ne peut pas bien vivre si les autres vivent mal, ni si l’on abîme la Pachamama — « la dégradation d’une espèce est la dégradation de l’ensemble ». L’horizon est collectif, jamais l’accomplissement d’un seul.

C’est ce qui le sépare du vivir mejor, le « vivre mieux ». « Le bien vivre n’est pas la même chose que le vivre mieux ; le vivre mieux se fait au détriment de l’autre » : progrès illimité, accumulation, concurrence. Le sumak kawsay ne cherche pas à vivre mieux que le voisin ; il cherche à vivre avec lui. Parenté proche, mais à ne pas confondre : le suma qamaña porte le même horizon dans la langue et le peuple aymara — autre mot, autre voix. On dit « selon Huanacuni / la CAOI », jamais « les Kichwas disent » : une voix nommée, portée par une organisation andine imputable, non l’oralité d’un peuple entier.

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