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su cabello protege el mundo

sa chevelure protège le monde

Formulation du curaca bóóraá Manuel Mibeco Ruiz (Lliíhyo) — en espagnol, la langue dans laquelle il a confié la cosmovision de son peuple, et non un mot de la langue bóóraá. Elle nomme le rapport du Créateur au monde : non un artisan qui fabrique son ouvrage puis s'en sépare, mais un dieu, <em>Niimúhe</em>, enraciné dans toutes les choses qu'il a faites. Chacun de ses cheveux est l'une de ces racines ; le visible — arbres, bêtes, eaux — est sa chevelure. Par elle il tient et protège le monde, et par ces mêmes racines les hommes communiquent avec lui. Le monde n'est pas un objet créé : c'est la représentation du Créateur, et la racine est le fil par lequel on lui parle.

Niimúhe está enraizado en todas las cosas creadas por él. Esas raíces están representadas por cada uno de los pelos del Creador. Con la fuerza de su cabello protege al mundo y a través de esas raíces los hombres bora también se comunican con él.
Manuel Mibeco Ruiz (Lliíhyo) & Gerardo del Águila Miveco, El ojo verde. Cosmovisiones amazónicas, Cosmovisión bóóraá « Su cabello protege el mundo » (FORMABIAP/AIDESEP). FORMABIAP/AIDESEP, 3ᵉ éd. corrigée et augmentée, 2025 (1ʳᵉ éd. 2000) · trad. texte original en espagnol ; rendu français maison

L’expression est de Manuel Mibeco Ruiz, curaca de Brillo Nuevo, pas de la langue bóóraá : un aîné qui dit en espagnol comment son peuple tient le monde. « Sa chevelure protège le monde » n’en est qu’un calque français maison, signalé comme tel — l’orthographe des mots bóóraá eux-mêmes (Niimúhe, Píívyéji) ne peut être garantie que par la source, le recueil FORMABIAP/AIDESEP où Mibeco les a fixés. Le manque qu’elle comble est réel. Notre théologie a « Créateur » (celui qui fait), « Providence » (celui qui veille de loin) ; elle n’a pas de mot pour le faiseur qui reste dans son ouvrage comme la racine reste dans la plante.

Chez Mibeco, l’image n’est pas ornementale : elle commande toute une physique du divin. Niimúhe n’est pas au-dessus du monde, il y est enfoui ; ce qui pousse au-dehors est sa chevelure, et nous n’en voyons que les pointes. Aussi protéger le monde n’est-il pas le surveiller d’en haut, mais le tenir par la racine — puisque le monde est cette chevelure. Et la racine va dans les deux sens : elle est un fil. On ne prie pas en levant les yeux vers un ciel, on suit un cheveu-racine vers le bas, dans une chose, jusqu’à lui.

À distinguer de notre enracinement. Quand Simone Weil fait de l’enracinement un besoin de l’âme, c’est l’humain qui doit s’attacher à un milieu : la racine part de nous vers le sol. Ici, la direction s’inverse — c’est le divin qui est enraciné dans les choses, et la racine nous est tendue comme un câble pour lui parler. Non pas l’âme qui cherche sa terre, mais la terre qui est la chevelure d’un dieu, et qui écoute.

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