Soliphilie
Soliphilia (angl.) — de solidaire / solidus (latin, solide, total) + philia (grec, amour)
Néologisme politique forgé par Glenn Albrecht pour nommer la solidarité et la responsabilité partagées qui défendent un lieu de vie aimé. Antidote actif à la solastalgie : là où celle-ci nomme la détresse de voir son milieu se dégrader, la soliphilie nomme l'amour engagé, du local au global, qui s'oppose à cette dégradation. Albrecht la voulait délibérément neutre dans le clivage droite-gauche, parce que défendre un milieu de vie ne devrait appartenir à aucun camp.
La soliphilie qualifie ainsi une solidarité de tous envers tous dans un sentiment d’unité. […] La soliphilie introduit également la notion politique d’engagement pour la sauvegarde d’endroits aimés, du local au global.
Le mot tient d’une triple racine qu’Albrecht assume : le français solidaire, au sens d’interdépendant ; le latin solidus, solide ou total ; le grec philia, l’amour de ses concitoyens et de ses voisins. Il avait d’abord songé à solidarité, mais le terme lui semblait trop marqué à gauche pour rallier au-delà des camps. La soliphilie cherche au contraire un mot que nul ne puisse confisquer, parce que la défense d’un milieu de vie partagé précède la dispute droite-gauche.
C’est un néologisme conçu pour agir. Albrecht le forge en 2009 comme la réponse politique à la solastalgie : retourner l’émotion négative — la détresse de voir son chez-soi se défaire — en force collective. Les dégâts environnementaux cessent d’être une affaire personnelle pour devenir l’affaire de la communauté, qui peut alors s’attaquer à la cause et restaurer les lieux. La soliphilie est ce qui motive « le travail acharné que l’on doit mener partout sur la planète pour sauver les endroits » menacés.
Elle prolonge l’effort de reliance — relier ce que le ravage isole — et croise les solidarités du vivant que l’écoféminisme place au cœur du soin.
La soliphilie ≠ la biophilie : celle-ci nomme l’amour de la vie en général, celle-là l’amour engagé d’un lieu que l’on défend. Elle ≠ aussi la topophilie : l’attachement au paysage peut rester contemplatif, quand la soliphilie est d’emblée politique — une solidarité qui passe à l’acte pour garder en bon état ce que nous avons en commun.