Satyagraha
सत्याग्रह (satyāgraha) — de satya, vérité, + āgraha, saisie ferme
Le mot que Gandhi forge pour nommer sa force de lutte : la saisie ferme de la vérité. Ce n'est pas subir, c'est tenir. On refuse la loi injuste et l'on en accepte le châtiment, sans jamais frapper l'adversaire — non par faiblesse, mais parce que la souffrance consentie par soi vaut infiniment mieux que la souffrance infligée à autrui. Gandhi la dit « force de l'âme », « force de l'amour », « force de la vérité ». La traduction courante par « résistance passive » l'affaiblit : rien n'y est passif.
The force implied in this may be described as love-force, soul-force or, more popularly but less accurately, passive resistance.
Le mot est un composé que Gandhi assemble lui-même : satya, la vérité, et āgraha, la prise ferme, l’insistance qui ne lâche pas. Satyagraha, c’est donc s’agripper à la vérité et ne plus la relâcher, quelles qu’en soient les conséquences pour soi. Gandhi le traduit en anglais par soul-force, love-force, truth-force — force de l’âme, de l’amour, de la vérité. Quand il consent, du bout des lèvres, au terme de passive resistance, c’est en le désavouant dans le même souffle : « more popularly but less accurately ».
Rien de passif, en effet. Le satyagrahi désobéit ouvertement à la loi qu’il juge injuste, puis en accepte la peine sans se dérober : « When I refuse to do a thing that is repugnant to my conscience, I use soul-force. » La force ne s’exerce pas sur l’adversaire, elle s’exerce sur soi, par le sacrifice consenti — « sacrifice of self is infinitely superior to sacrifice of others ». C’est une offensive, mais retournée : on avance en prenant sur soi le coup qu’on refuse de rendre.
De là son lien avec l’ahimsa, la non-violence, et avec le swaraj, le gouvernement de soi : on ne peut tenir la vérité par la force de l’âme qu’en s’étant d’abord rendu maître de ses propres peurs.
Satyagraha ≠ résistance passive : celui qui subit courbe le dos, le satyagrahi tient debout et agit. Satyagraha ≠ non-violence comme simple abstention : ce n’est pas ne pas frapper, c’est frapper autrement, par la vérité endurée dans sa propre chair. Satyagraha ≠ rapport de force : la force des armes veut plier l’autre, la force de l’âme ne veut convertir que par le témoignage de la souffrance assumée.