grec · Stoïcisme

Meletē thanatou

μελέτη θανάτου (meletē thanatou)

L'exercice de la mort : non pas y penser une fois, mais s'y entraîner comme à un geste qu'on répète. Le sage tient sa propre fin pour familière afin de vivre droit dès aujourd'hui, libéré de la peur qui rend esclave. C'est une discipline de la vie présente, pas une fascination pour le néant.

Sa pensée est claire : il est beau de s’étudier à mourir. […] Étudie-toi à mourir ! c’est me dire : « Étudie-toi à être libre. » Qui sait mourir ne sait plus être esclave : il se place au-dessus ou du moins hors de tout pouvoir.
Sénèque, Lettres à Lucilius, Lettre XXVI. Hachette, 1860 · trad. Joseph Baillard · source

L’expression grecque meletē thanatou (μελέτη θανάτου) noue deux mots : meletē, l’exercice, l’entraînement répété — celui de l’athlète ou du musicien qui reprend chaque jour son geste — et thanatos, la mort. Non pas la mort comme idée à contempler, mais comme exercice à pratiquer. Platon en faisait déjà l’office du philosophe dans le Phédon ; les stoïciens la reprennent et la transforment en discipline quotidienne.

L’opération qu’elle nomme n’est pas de songer à la mort, mais de s’y exercer pour s’affranchir d’elle. Sénèque la transmet à Lucilius en empruntant la formule à Épicure : « il est beau de s’étudier à mourir », et il l’éclaire aussitôt — « Étudie-toi à mourir ! c’est me dire : “Étudie-toi à être libre.” » Qui s’est rendu sa propre fin familière n’est plus tenu par la seule chaîne que Sénèque reconnaisse, l’amour de la vie : il agit droit ici, maintenant, sans rien attendre ni rien craindre. L’exercice ne vise pas la mort, il vise la liberté — la même ataraxia que cherche tout le portique.

À distinguer de la morbidité ou de la peur, qui paralysent le présent là où l’exercice le délivre. Et à distinguer du memento mori chrétien : celui-ci rappelle la mort pour orienter l’âme vers le salut et le jugement, tournant le regard vers l’au-delà ; la meletē thanatou stoïcienne n’attend rien après — elle ramène entièrement à la conduite de cette vie-ci. Se souvenir qu’on mourra ≠ s’entraîner à mourir pour vivre libre.

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