· Philosophie occidentale

Deep Ecology

écologie profonde / Soi écologique (deep ecology, ecological self)

Mouvement et posture philosophique nommés par le Norvégien Arne Naess en 1973, par contraste avec une écologie « superficielle » (shallow). L'écologie superficielle lutte contre la pollution et l'épuisement des ressources, mais au service de la santé et de la prospérité des humains des pays riches : la nature y reste un stock à gérer pour notre confort. L'écologie profonde, elle, conteste l'image même de « l'homme-dans-son-environnement » au profit d'un champ relationnel total où les organismes sont des nœuds. Son ressort intérieur est la « réalisation de Soi » (Self-realisation) : l'élargissement du moi étroit, l'ego, jusqu'à un Soi qui s'identifie à un champ de vie bien plus vaste que lui. « Écologie profonde » et « Soi écologique » en sont les calques français usuels.

The Shallow Ecology movement: Fight against pollution and resource depletion. Central objective: the health and affluence of people in the developed countries.
Arne Naess, Ecology, Community and Lifestyle: Outline of an Ecosophy, ch. 4, « The deep ecology movement », p. 28 (Naess y reproduit son article fondateur de 1973 ; citation en anglais). Cambridge University Press, 1989 · trad. David Rothenberg (traduction et édition de l'anglais)

Le terme deep ecology est introduit par Arne Naess en 1973, dans un article au titre programmatique — The shallow and the deep, long-range ecology movement — qu’il reprend lui-même dans cet ouvrage. Tout le geste tient dans l’opposition de deux profondeurs. « The Shallow Ecology movement: Fight against pollution and resource depletion. Central objective: the health and affluence of people in the developed countries. » L’écologie superficielle combat la pollution et l’épuisement des ressources, mais sa fin reste la santé et l’aisance des humains des pays développés. La nature y demeure un environnement à gérer pour nous. « Écologie profonde » n’est que le calque français de deep ecology.

Ce que Naess appelle profond, c’est le refus de l’image de « l’homme-dans-son-environnement » au profit d’un relational, total-field image : les organismes ne sont pas posés devant un décor, ils sont des nœuds dans un champ de relations. Le ressort de cette bascule porte un nom — la Self-realisation, qu’on traduit par « réalisation de Soi ». Naess écrit le Soi avec une majuscule pour le distinguer de l’ego : we need not cultivate the ego (…) in order to realise our potentialities. (…) The sources of joy go deeper and farther. Se réaliser, ce n’est pas se replier sur le petit soi qui veut « gagner » ; c’est élargir le soi étroit de l’enfant jusqu’à une structure qui inclut les autres êtres et les autres formes de vie. Le « Soi écologique » est ce Soi élargi, qui s’identifie à un champ plus vaste que lui.

À distinguer de l’écologie superficielle (shallow) : non parce que celle-ci serait fausse, mais parce qu’elle reste anthropocentrée — elle soigne la planète comme on entretient une réserve, pour le bénéfice des humains aisés. L’écologie profonde déplace le centre.

À distinguer aussi du Soi écologique et de l’ego : le Soi élargi ne dissout pas l’individu. Naess y insiste — « do not think the individual self or ego is dissolved in the larger Self ». La diversité des êtres demeure ; ce qui change, c’est l’étendue de ce à quoi le soi se reconnaît lié. L’altruisme devient alors superflu : si l’on s’est vraiment élargi jusqu’à inclure les autres vivants, leur bien fait déjà partie de notre propre intérêt.

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