français · Philosophie occidentale

Écologie de l'action

Concept d'Edgar Morin : une action, une fois engagée dans le monde, cesse d'appartenir à celui qui l'a lancée. Elle entre dans un jeu d'interactions et de rétroactions avec le milieu où elle se déroule, qui peut la dévier de sa voie, voire la retourner contre l'intention de départ. Reconnaître cette écologie, c'est admettre qu'on est maître du commencement d'une action, jamais de ses suites.

Par « écologie de l’action » on entend que toute action, une fois engagée, entre dans un jeu d’inter-rétro-actions dans le milieu où elle se déroule, et peut non seulement dévier de sa voie, mais déclencher des forces adverses plus puissantes que celles qui l’ont initiée pour finir par revenir comme un boomerang frapper la tête de ses auteurs.
Edgar Morin, La Voie, Chapitre « Régénération de la pensée politique », note 1. Fayard, 2011

Lancer une action, c’est la confier au monde. Tant qu’elle reste un projet, elle obéit à celui qui la conçoit ; dès qu’elle s’engage, elle entre dans un tissu d’interactions et de rétroactions que personne ne contrôle. Le milieu la reprend, la combine à d’autres forces, et le résultat peut s’écarter de l’intention — parfois jusqu’à la renverser. C’est le sens de l’image du boomerang : l’effet revient frapper celui qui l’a déclenché.

Morin en tire deux principes. D’abord, l’action une fois lancée échappe à la volonté de son initiateur ; ensuite, ses effets à long terme demeurent imprévisibles. La conséquence est éthique et pratique : à un monde incertain ne convient pas le programme — une séquence d’ordres exécutés sans regarder dehors — mais la stratégie, qui se corrige à mesure des aléas rencontrés et des informations reçues en cours de route. Agir, c’est parier, puis rester attentif au retour du pari.

L’écologie de l’action est l’application au domaine de l’agir de la pensée de la complexité : une action n’est pas un trait isolé qu’on prolongerait à volonté, mais un fil pris dans un tissu d’interdépendances, soumis à la même reliance qui lie toute chose à son contexte. Ce qu’on croyait maîtriser de bout en bout n’était maîtrisé qu’au départ.

On la confond parfois avec le conséquentialisme, qui juge un acte à ses résultats : c’est l’inverse. Le conséquentialisme suppose qu’on peut calculer les conséquences ; l’écologie de l’action affirme leur imprévisibilité de principe. Elle ne se confond pas non plus avec le fatalisme : si l’auteur n’est pas maître du résultat, il reste responsable d’avoir mis l’action en jeu. On ne répond pas de ce qu’on ne pouvait prévoir, mais on répond toujours d’avoir décidé d’agir.

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