Diákrisis
διάκρισις (diakrisis)
La diákrisis est le discernement des esprits : la faculté de juger d'où vient une pensée ou un désir — de Dieu, de la nature propre, ou du démon. Les Pères du désert en font la vertu cardinale du moine, celle qui gouverne toutes les autres et préserve de l'illusion. Le mot grec est l'apport savant ; la tradition latine et française la rend par « discrétion », au sens ancien de la juste mesure qui sait distinguer. Elle ne juge pas la valeur morale d'un acte mais la provenance d'un mouvement intérieur, ce qui la sépare de la prudence philosophique.
Le don de discernement dont Dieu l’avait doué sur ses religieux lui faisait bientôt juger de quel esprit leur venaient les inspirations ou les désirs qu’ils avaient, et s’ils étaient véritablement de Dieu ou de l’ange des ténèbres.
Le mot grec diakrisis — le discernement, l’acte de séparer, de trier — est le terme patristique consacré pour ce que le moine du désert tient pour la plus haute des vertus. La traduction française d’Arnauld d’Andilly ne le translittère pas ; elle parle de « don de discernement », et ailleurs de « discrétion », au sens ancien : non la réserve, mais la faculté de discerner. Le grec reste l’apport savant ; la chose, elle, est nommée verbatim chez les Pères.
Ce que la diákrisis discerne n’est pas le bien et le mal en général, mais la provenance d’un mouvement de l’âme. De saint Pacôme on dit que son don lui faisait « juger de quel esprit leur venaient les inspirations ou les désirs », et de trancher « s’ils étaient véritablement de Dieu ou de l’ange des ténèbres ». Une même pensée peut monter de Dieu, de la nature propre, ou de l’adversaire : le discernement remonte à sa source. Il gouverne ainsi le tri des pensées et travaille de pair avec la vigilance, qui guette à la porte du cœur ce que le discernement, ensuite, identifie.
La diákrisis n’est pas la phronesis des philosophes. La prudence aristotélicienne délibère sur les moyens d’agir bien dans le monde des choses humaines ; la diákrisis lit l’invisible, discerne des esprits, et suppose une grâce — un « don » — que la seule droite raison ne procure pas. L’une calcule la bonne action ; l’autre démasque l’origine d’une suggestion. Discerner d’où l’on est tenté n’est pas savoir comment bien faire : c’est une science des sources, non des fins.