· Philosophie occidentale

Couplage structurel

structural coupling (anglais)

Chez Maturana et Varela, la manière dont un système à clôture opérationnelle interagit avec son milieu sans que celui-ci dicte ses états internes. Les interactions récurrentes avec l'environnement déclenchent des changements dans le système — elles le perturbent — mais ne les spécifient pas : le milieu ne prescrit rien, il rend seulement possible une sélection dont il ne détermine pas la forme. Un système structurellement couplé se distingue en cela d'une machine dont le comportement entrée/sortie est fixé de l'extérieur par un concepteur : au fil de son histoire de couplage, il construit le monde même auquel il répond.

Under structural coupling with a medium, these configurations generate selection, an ongoing process of satisficing that [...] triggers (but does not specify) change in the form of viable trajectories.
Francisco J. Varela, Evan Thompson, Eleanor Rosch, The Embodied Mind: Cognitive Science and Human Experience, Part IV, chap. 9, « Evolutionary Path Making and Natural Drift », p. 196-197 (citation en anglais). MIT Press, 1991

Varela l’introduit d’abord par un exemple minimal : Bittorio, un automate cellulaire soumis à des perturbations aléatoires. Rien dans sa construction ne le programme à reconnaître quoi que ce soit ; pourtant, donnée sa forme de couplage avec le milieu, il finit par ne réagir qu’à certaines séquences — il devient, de fait, un « détecteur de séquences impaires ». Ce que le milieu fait, ce n’est pas instruire Bittorio ; c’est déclencher en lui des changements dont la forme dépend de sa propre structure, non de celle du milieu.

C’est le principe que Varela généralise à l’évolution comme à la cognition : le milieu triggers (but does not specify) change — il déclenche le changement sans le spécifier. Un système structurellement couplé garde donc son autonomie précisément dans la façon dont il répond à ce qui le touche.

Varela oppose explicitement ce régime à celui de l’ordinateur : le sens d’une séquence tapée au clavier lui est assigné du dehors, par le concepteur du système — c’est une relation d’entrée-sortie au sens strict. Un système vivant, lui, n’est presque jamais réductible à ce schéma : le sens de telle ou telle interaction n’est pas prescrit de l’extérieur, il résulte de l’organisation et de l’histoire du système lui-même.

Le couplage structurel ≠ la relation d’entrée-sortie du clavier : dans un cas le milieu dicte, dans l’autre il perturbe seulement. Le couplage structurel ≠ l’énaction : le couplage est le mécanisme et son histoire ; l’énaction est la thèse plus large selon laquelle cette histoire de couplage fait advenir un monde — la cognition elle-même. Sans clôture, pas de système à coupler ; sans couplage, une clôture opérationnelle resterait un système sans monde.

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