· Philosophie occidentale

Structures dissipatives

dissipative structures

Notion forgée par Ilya Prigogine (avec Isabelle Stengers) pour nommer des structures qui n'existent que loin de l'équilibre, dans un système ouvert traversé par un flux d'énergie ou de matière. Là où la thermodynamique classique associait la dissipation à la perte et au gaspillage, Prigogine montre qu'en régime de déséquilibre cette même dissipation peut engendrer de l'ordre : le système maintient une forme cohérente précisément parce qu'il dissipe. Le désordre devient source d'organisation — l'ordre naît du chaos.

That is why we have introduced the notion of "dissipative structures," to emphasize the close association, at first paradoxical, in such situations between structure and order on the one side, and dissipation or waste on the other.
Ilya Prigogine et Isabelle Stengers, Order Out of Chaos, Chapter V, « The Three Stages of Thermodynamics » (citation en anglais). Bantam Books, 1984

La thermodynamique classique connaissait des structures d’équilibre : le cristal, inerte, stable, refermé sur lui-même. Prigogine en pose d’autres, qui n’existent qu’au prix d’un flux continu. That is why we have introduced the notion of “dissipative structures,” to emphasize the close association, at first paradoxical, in such situations between structure and order on the one side, and dissipation or waste on the other : nous avons introduit la notion de structures dissipatives pour souligner l’association étroite, d’abord paradoxale, entre structure et ordre d’un côté, dissipation et gaspillage de l’autre.

Le paradoxe est là. Une cellule de convection, une réaction chimique oscillante, un tourbillon : ces formes tiennent tant que l’énergie les traverse, et s’effondrent dès que le flux cesse. La chaleur, que la physique classique tenait pour pure perte, devient ici source d’ordre. Loin de l’équilibre, le système se réorganise au lieu de se défaire — et au point critique, la métamorphose peut basculer vers un état plus différencié. C’est une voie physique vers la complexité et vers l’auto-organisation que pense aussi l’autopoièse : un ordre qui se tient en se faisant, jamais acquis une fois pour toutes.

La structure dissipative ≠ la structure d’équilibre : celle-ci subsiste sans échange, isolée et stable, celle-là meurt sans le flux qui la nourrit. Et l’ordre dont parle Prigogine ≠ l’ordre statique de la mécanique classique : il ne s’oppose pas au désordre, il en émerge — c’est dans la turbulence et l’écart à l’équilibre, non dans le repos, que naissent les formes nouvelles.

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