Supramental
Supermind / Truth-Consciousness (Conscience-de-Vérité)
Chez Sri Aurobindo, le supramental est le plan de conscience situé au-dessus du mental : la Conscience-de-Vérité, où connaître une chose et être cette chose ne font qu'un. Ce n'est pas un mental amélioré mais un autre principe — celui par lequel l'Un se manifeste en multiplicité sans se perdre dans la division. L'évolution terrestre, qui a produit la vie puis le mental, a pour étape suivante l'émergence de ce pouvoir : non une fuite hors du monde, mais sa transformation.
Le Supramental ou Conscience-de-Vérité est le véritable agent créateur de l'Existence universelle.
Aurobindo forge le mot en connaissance de cause. Il note lui-même son ambiguïté : « supramental » pourrait désigner un mental supra-éminent, soulevé au-dessus de la mentalité ordinaire mais non transformé, ou au contraire tout ce qui dépasse le Mental, jusqu’à l’Ineffable. Ni l’un ni l’autre. Il délimite le terme en s’appuyant sur les versets du Véda : une immensité où la vérité de l’être est lumineusement une avec tout ce qui l’exprime — d’où l’autre nom, Conscience-de-Vérité. Le mental divise pour connaître ; le supramental connaît par identité, et c’est lui qui, caché derrière nos divisions, maintient l’ordre du monde au lieu du chaos.
À ne pas confondre avec le surmental (Overmind), sommet de l’échelle mentale : le surmental délègue, sépare, gouverne encore par puissances distinctes — c’est lui, dit Aurobindo, qui engendre la māyā. Le passage du surmental au supramental est la transition décisive d’une évolution dans l’Ignorance à une évolution dans la Connaissance.
L’opération est précise : non pas s’évader de la manifestation, mais déchirer le voile qui sépare mental et supramental — condition de la vie divine dans l’humanité, où la Matière même s’ouvre comme forme de l’Existence divine (Brahman, dont elle n’est jamais coupée ; et l’Ātman en est le sujet inaliénable).
Supramental ≠ surhomme nietzschéen : Nietzsche intensifie la volonté d’un homme mental magnifié ; Aurobindo change le principe même de la conscience. Et ≠ moksha comme sortie du monde : la libération aurobindienne ne s’achève pas dans l’évasion — elle redescend, pour transformer ce qu’elle a quitté.