latin · Philosophie occidentale

Souverain bien

summum bonum

Le bien le plus haut, celui hors duquel il ne reste rien à désirer. Pour Boèce (livre III), il coïncide avec la [béatitude](/lexique/beatitudo/) : la perfection du bonheur résultant de la réunion de tous les biens. Tous les hommes y aspirent par instinct naturel, mais l'erreur les fourvoie vers les « faux biens » — richesse, honneurs, puissance, gloire, volupté — dont chacun n'est qu'un éclat isolé pris pour le tout. Le souverain bien est un, indivis ; les cinq idoles de la Fortune n'en sont que des fragments dispersés. À distinguer de l'[eudaimonia](/lexique/eudaimonia/) aristotélicienne, activité accomplie de l'âme selon sa vertu propre, et des biens de la [Fortune](/lexique/roue-de-la-fortune/), qui ne nous appartiennent jamais en propre.

par un instinct naturel, tous les hommes aspirent au vrai bonheur ; mais ils sont entraînés vers les faux biens par l’erreur qui les fourvoie.
Boèce, La Consolation de la philosophie, Livre III. Hachette, 1861 · trad. Louis Judicis de Mirandol · source

Summum bonum. Au livre III, la Philosophie mène Boèce par une démonstration serrée : la béatitude est la perfection du bonheur résultant de la réunion de tous les biens, et le souverain bien n’est rien d’autre qu’elle. Le point de départ est un fait, non un précepte : « par un instinct naturel, tous les hommes aspirent au vrai bonheur ». L’aspiration ne se discute pas ; elle est partout la même. Ce qui se corrige, c’est la route.

Car cet instinct juste se laisse égarer. Les hommes veulent le bien un, et ils courent après cinq objets partiels : les uns entassent des trésors pour ne manquer de rien, d’autres briguent les dignités, la puissance, la gloire, ou mettent le tout dans « l’ivresse de la volupté ». Chacun a saisi un vrai caractère du bonheur — la suffisance, le respect, la force, l’éclat, la joie — mais l’a détaché des autres et l’a pris pour l’ensemble. « Comme un passant aviné », écrit Boèce, l’homme « ne reconnaît plus le chemin de sa maison ».

L’erreur n’est donc pas de désirer le bien : c’est de le fragmenter. Le vrai bien se possède tout entier ou ne se possède pas ; il est indivisible parce que la béatitude, par définition, ne manque de rien. Les cinq idoles de la Fortune sont des morceaux d’un même diamant, chacun brandi comme s’il était le diamant. On ne s’en approche qu’en cessant de choisir entre eux — en cherchant leur source unique, qui est Dieu.

À distinguer de l’eudaimonia d’Aristote : là, le bien humain est une activité, l’exercice accompli de l’âme selon sa vertu la plus haute, indéfiniment déployée dans une vie entière. Chez Boèce, le souverain bien n’est pas d’abord ce que l’on fait mais ce que l’on possède d’un coup, le bien un dont tout le reste dérive. Et à distinguer surtout des biens de la Fortune, qui, tournant sur sa roue, ne donne jamais rien qui nous appartienne : le souverain bien ne se reprend pas, parce qu’il ne fut jamais un prêt.

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