hawaïen ·

Pono (hawaiien)

prononc. « PO-no »

Mot hawaiien (ʻōlelo Hawaiʻi) : la droite conduite, la règle dont le respect fonde un rang et dont la transgression le fait perdre. George Kanahele en donne, dans son chapitre sur le monde sacré, une définition par la sanction plutôt que par la vertu affichée : un chef vaincu au combat ou qui bafouait ouvertement les principes du pono pouvait perdre son mana et sa position ; un prêtre pouvait de même perdre sa sainteté en désobéissant aux règles du rituel ou du pono. Ailleurs dans le livre, Kanahele fait aussi du pono le fondement du bon gouvernement, cité dans la devise de Kamehameha III (voir la fiche ea). Le pono hawaiien n'est donc pas un idéal qu'on proclame : c'est une condition dont dépend, très concrètement, le maintien d'un rang ou d'un pouvoir.

Chiefs who were defeated in battle or who flagrantly violated the principles of pono, right conduct, could lose their mana and position. Priests, too, could lose their holiness by disobeying the rules of the ritual or of pono.
George Kanahele, Kū Kanaka — Stand Tall: A Search for Hawaiian Values, Chapitre « The World of the Sacred », p. 43 (citation en anglais, langue d'écriture de l'auteur). University of Hawaiʻi Press, 1986 · trad. rendu français maison (œuvre en anglais, courtes citations attribuées)

Le monde sacré des anciens Hawaiiens, écrit George Kanahele, ne laissait « pas grand-chose au hasard ni au caprice » : le système du kapu codifiait les rapports entre humains et dieux comme une loi d’ordre dont nul, pas même les puissants, n’était dispensé. « Chiefs who were defeated in battle or who flagrantly violated the principles of pono, right conduct, could lose their mana and position. Priests, too, could lose their holiness by disobeying the rules of the ritual or of pono » — les chefs vaincus au combat, ou qui bafouaient ouvertement les principes du pono, la droite conduite, pouvaient perdre leur mana et leur position ; les prêtres, eux, pouvaient perdre leur sainteté en désobéissant aux règles du rituel ou du pono.

Le pono n’est donc pas ici un idéal qu’on affiche : c’est une règle dont la transgression a un prix, payé en rang et en pouvoir. Ailleurs dans le livre, Kanahele fait du pono le fondement du bon gouvernement — « selon Pukuʻi, la base d’un bon gouvernement » — à propos de la devise que Kamehameha III adressa « à toutes les générations » (voir ea). Les deux emplois se répondent : qu’on gouverne un royaume ou qu’on tienne son rang de chef ou de prêtre, le pono est la condition qui légitime la position — sa perte entraîne celle du statut.

Le pono de Kanahele n’est pas le pono māori d’Hirini Moko Mead. Chez Mead, pono juge la fidélité d’une pratique à la tradition dont elle se réclame — une cérémonie peut être exécutée correctement (tika) sans être pono, vraie à ses principes. Chez Kanahele, le pono hawaiien est une droiture de conduite sanctionnée par la perte du mana ou de la sainteté : non l’authenticité d’un geste culturel, mais la légitimité d’une personne à occuper le rang qu’elle occupe. Deux langues polynésiennes, deux tests bien différents pour un même mot hérité — et comme le kuleana attache une charge à un lieu précis, le pono attache une position à une conduite qu’il faut tenir sans faillir.

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