Pacha
aymara ; mot partagé avec le quechua
Mot aymara des hautes terres andines (partagé avec le quechua), que les linguistes rendent d'ordinaire par « temps et espace » — mais que le juriste et écrivain aymara Fernando Huanacuni Mamani juge trop court. Pour la pensée andine, pacha ne désigne pas un temps qui s'écoule ni un espace qui contient, deux mesures vides où l'on serait placé : c'est un tout vivant où l'on participe. Étymologiquement l'union de deux forces — PA, de paya (« deux »), CHA, de chama (« force ») —, la force cosmique venue du ciel et la force tellurique de la terre, dont la rencontre est ce que nous appelons vie : totalité du visible (Pachamama) et de l'invisible (Pachakama). Pacha n'est pas le cadre neutre des êtres ; il est leur appartenance active au monde.
Pacha no sólo es tiempo y espacio, es la capacidad de participar activamente en el multiverso, sumergirse y estar en él.
Pacha est un de ces mots que la traduction ampute en croyant le rendre. « Temps et espace » : le rendu des linguistes n’est pas faux, il est court. Fernando Huanacuni Mamani, qui a réuni la pensée andine du vivre-bien pour une organisation indigène andine, la CAOI, prévient que le mot « va au-delà du temps et de l’espace » : il n’énonce pas un cadre, il énonce une forme de vie. Là où notre temps s’écoule et notre espace contient — deux mesures indifférentes à ce qu’elles logent —, pacha n’est pas ce dans quoi l’on est placé, mais « la capacité de participer activement au multivers, de s’y immerger et d’y être ».
L’étymologie qu’en donne Huanacuni refuse déjà le contenant : PA, de paya (« deux »), CHA, de chama (« force »). Pacha est « l’union des deux forces », la cosmique venue du ciel et la tellurique de la terre, dont la rencontre est ce qu’on nomme vie — totalité du visible (Pachamama) et de l’invisible (Pachakama). Il n’y a pas un pacha d’abord, et des êtres ensuite : le temps-espace andin n’est pas la condition vide préalable des choses, mais le tissage même où le visible et l’invisible tiennent ensemble.
On dit « selon Huanacuni / la CAOI », jamais « les Aymaras disent » : une voix autochtone nommée, portée par une organisation andine imputable (niveau 2), non l’oralité d’un peuple entier. Pacha est un emprunt attesté à l’aymara, langue andine vivante partagée avec le quechua ; « temps qui vit » est notre manière française d’en approcher la mesure, comme « tiempo y espacio » est, de l’aveu de l’auteur, un rendu espagnol trop court.