grec · Philosophie occidentale

Megalopsuchia

μεγαλοψυχία (megalopsuchia)

La magnanimité, ou grandeur d'âme : la disposition de l'homme qui se juge digne des choses les plus grandes et l'est en effet. Elle suppose donc une juste estime de soi et une réelle excellence — elle ne va pas sans toutes les vertus, dont elle est comme l'ornement. Elle a pour matière l'honneur, le plus grand des biens extérieurs. À distinguer de la vanité, qui se croit digne du grand sans le mériter, et de la petitesse d'âme, qui se déprécie au-dessous de sa valeur.

Le magnanime semble être l’homme qui se sent digne des choses les plus grandes, et qui l’est en effet; car celui qui a de lui-même cette haute estime sans la mériter, est un insensé; et il n’y a point de cœur selon la vertu qui soit insensé ni déraisonnable.
Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre IV, ch. III. La Morale d'Aristote, Ladrange, 1856 · trad. Jules Barthélemy-Saint-Hilaire · source

Le mot grec megalopsuchia (μεγαλοψυχία) se compose de megas, « grand », et psuchē, « âme » : littéralement la grandeur d’âme, que Barthélemy-Saint-Hilaire traduit aussi par « magnanimité ». Son nom même, observe Aristote, indique qu’elle ne se rapporte qu’aux grandes choses. Elle est rare, parce qu’elle exige à la fois la hauteur de l’ambition et la réalité du mérite.

Le magnanime est celui qui s’estime digne de ce qu’il y a de plus grand — et qui l’est. Cette double condition la place exactement au point juste : par sa grandeur même, il est dans l’extrême ; mais parce qu’il s’estime à sa juste valeur, il tient le milieu. Son objet propre est l’honneur, le plus grand des biens que les hommes peuvent accorder ; pourtant il n’en fait pas sa dépendance. Devant la fortune comme devant les dignités, il garde une égalité d’âme, ni transporté par les succès ni abattu par les revers.

Aristote la décrit moins comme une vertu séparée que comme leur couronne : il n’y a pas de magnanimité sans la vertu tout entière, et elle suppose la grandeur dans chacune. Le portrait qu’il en trace — gravité, lenteur, franchise, indépendance, dédain de l’intrigue — a marqué pour des siècles l’idéal aristocratique de la noblesse de caractère.

À distinguer de ses deux contraires, qui pèchent sur l’estimation de soi. La vanité présomptueuse se croit digne du grand sans le mériter : c’est, dit Aristote, le fait d’un insensé. La petitesse d’âme fait l’inverse : qui ne demande que des choses à sa portée peut être sage et modeste, mais n’a jamais un cœur magnanime. Comme toute vertu, la grandeur d’âme est un juste milieu — ici entre se surfaire et se mésestimer.

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