grec · Philosophie occidentale

Mésotês / le juste milieu

μεσότης (mesotēs)

La vertu comme médiété : un milieu entre deux vices, l'un par excès, l'autre par défaut. Ce milieu n'est pas le centre arithmétique d'une chose, identique pour tous ; il est relatif à nous, ce qui ne pèche ni par excès ni par défaut dans nos actes et nos passions, tel que le déterminerait l'homme vraiment sage. Atteindre ce point juste est difficile, parce qu'il varie avec les circonstances et la personne. À ne pas confondre avec la moyenne mesurable, ni avec la tiédeur ou le compromis : le milieu est lui-même un sommet, et par rapport au bien, un extrême.

Elle est un milieu entre deux vices, l’un par excès, l’autre par défaut; et comme les vices consistent, les uns en ce qu’ils dépassent la mesure qu’il faut garder, les autres en ce qu’ils restent en dessous de cette mesure, soit pour nos actions, soit pour nos sentiments, la vertu consiste au contraire à trouver le milieu pour les uns et pour les autres, et à s’y tenir en le préférant.
Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre II, ch. VI. La Morale d'Aristote, Ladrange, 1856 · trad. Jules Barthélemy-Saint-Hilaire · source

Le terme grec mesotēs (μεσότης) signifie l’« état de ce qui est au milieu ». Aristote en fait la structure formelle de toute vertu de caractère : entre un vice qui dépasse la mesure et un vice qui reste en deçà, la vertu occupe le point juste. Le courage tient le milieu entre la témérité et la lâcheté ; la libéralité, entre la prodigalité et l’avarice ; la magnanimité, entre la vanité et la petitesse d’âme.

Le contresens guette aussitôt, et Aristote le prévient. Le milieu d’une chose est son centre, à égale distance des deux bouts, le même pour tous — six est le milieu de deux et de dix. Mais le milieu qui nous concerne, lui, est « relatif à nous » : ce qui ne pèche ni par excès ni par défaut, et qui n’est jamais le même pour deux hommes ni dans deux situations. La juste colère du faible n’est pas celle du puissant. Ce n’est donc pas une moyenne qu’on calcule, mais une justesse qu’on discerne.

D’où la difficulté, qu’Aristote compare à celle de trouver le centre d’un cercle : tout le monde peut se mettre en colère, c’est facile ; mais le faire envers qui il faut, dans la mesure, au moment et pour la fin qu’il faut, voilà ce qui n’est donné qu’à peu. Le juste milieu n’est pas un repos confortable entre deux dangers — c’est l’exigence la plus haute.

À ne pas confondre, donc, avec la tiédeur ou le compromis mou. Considéré du côté de la substance, le milieu est une médiété ; mais considéré du côté du bien et de la perfection, c’est un sommet — « un extrême ». C’est la prudence qui, dans chaque cas singulier, en fixe la règle ; sans elle, on ne saurait où il tombe.

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