sanskrit · Vedānta

Līlā

लीला (līlā)

Le jeu divin : l'existence cosmique conçue non comme une tâche, une chute ou une machine, mais comme le déploiement gratuit d'une joie qui se donne en spectacle à elle-même. Le réel ne sert à rien — il joue. Chez Aurobindo, līlā est l'une des trois manières de regarder le monde dans sa relation à l'absolu, à côté du voile (māyā) et de la nature qui œuvre (prakriti). Là où ces deux-là disent l'illusion ou le travail, līlā dit la félicité : l'Être joue à se manifester pour la pure béatitude de se créer.

nous pouvons la considérer, la décrire et la réaliser comme Lîlâ, le jeu, la joie de l'enfant, la joie du poète, la joie de l'acteur, la joie de l'artisan qu'éprouve l'Ame de toute chose.
Sri Aurobindo, La Vie divine, Chapitre 12 — La Joie d'Être : la solution. Feedbooks, 2012 (texte français, œuvre originale 1939)

Le mot dérive d’une racine qui dit le jeu, le badinage, la grâce d’un mouvement sans contrainte. La théologie indienne l’emploie pour répondre à une question que toute pensée du monde doit affronter : pourquoi l’absolu, qui ne manque de rien, se manifeste-t-il ? La réponse de la līlā refuse le registre de l’utilité. Le monde n’est pas un moyen en vue d’une fin extérieure ; il est jeu — l’Être se joue lui-même.

Aurobindo tire de là une vision en trois temps. Maya, Prakriti et Lîlâ sont, dit-il, « trois généralisations du jeu de l’existence » : le voile qui fait paraître le multiple, la nature qui exécute le mouvement, et la félicité qui s’y délecte. Ces trois regards ne se contredisent pas ; ils sont « parfaitement compatibles, complémentaires et nécessaires en leur totalité ». Le même jeu, vu de trois faces.

Ce qui fonde la līlā, c’est la béatitude d’être : si l’existence est délice à sa racine, alors se manifester est encore une joie, et le cosmos devient l’œuvre que la joie se donne. L’Être y est « Elle-même le jeu, le joueur et le terrain de jeu » — non un artisan extérieur à son ouvrage, mais une réalité qui ne sort pas de soi en jouant.

Līlā ≠ māyā. Les deux nomment le déploiement du monde, mais sous des signes inverses : māyā le saisit comme voile, comme apparence à percer ; līlā le saisit comme jeu, comme joie à reconnaître. Et līlā ≠ finalité : un jeu n’est pas un moyen tendu vers un but qui l’abolirait — Aurobindo précise pourtant que ce jeu « porte aussi en lui-même un but » ; non un but qui le justifierait du dehors, mais le sens que le jeu déploie en se jouant.

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