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Erlik

Erlikbej (forme d'adresse diminutive d'Erlik)

Dans l'œuvre romanesque du Touva Galsan Tschinag, Erlik est le Seigneur du Pays des Morts. Le glossaire de l'édition anglaise précise qu'on ne l'appelle pas toujours par son nom plein : « Erlikbej » est une forme d'adresse diminutive qui « confère un rang égal à celui qui parle » — un tutoiement calculé plutôt qu'une prosternation. Deux scènes du roman le donnent en acte : les morts se tiennent nus devant lui, dépouillés de tout ; et un mourant annonce sa fin en disant que le messager d'Erlik ira plus vite que les siens. La mort n'y est pas un silence, mais une convocation portée par un envoyé, adressée depuis un royaume voisin à qui vit encore.

All things are taken from the dead so they may stand naked and bare before Erlikbej.
Galsan Tschinag, The Gray Earth (Die graue Erde), chapitre « The Prisoner » (citation en anglais, trad. Katharina Rout). Milkweed Editions, 2010 (orig. allemand, Insel Verlag, 1999) · trad. Katharina Rout

Erlik n’est pas un nom qu’on prononce à la légère. Le glossaire de l’édition anglaise le corrige aussitôt : Erlikbej est « a diminutive form of address for Erlik, […] the Lord of the Land of the Dead, which gives equal rank to the speaker » — une forme d’adresse diminutive pour Erlik, Seigneur du Pays des Morts, qui confère un rang égal à celui qui parle. On ne s’adresse donc pas au maître des morts par son nom plein : on le rapetisse d’une syllabe, comme on ferait d’un voisin ou d’un rival, pour se hisser, l’instant d’un mot, à sa hauteur. Le respect touva n’exclut pas l’insolence calculée.

Le roman de Galsan Tschinag le fait apparaître à deux moments décisifs, tous deux liés à une mort qui rôde. Un enfant battu, laissé pour mort dans le froid, se raccroche à un signe très concret pour se prouver vivant : « All things are taken from the dead so they may stand naked and bare before Erlikbej » — tout est ôté aux morts, pour qu’ils se tiennent nus et dépouillés devant Erlikbej. Puisqu’il sent encore ses affaires sur lui, foulard, pipe, il n’est pas mort : la nudité devant Erlik est le seuil, le rite de passage qu’on reconnaît à son absence.

Plus loin, un frère agonisant annonce calmement sa fin par le même nom : « Erlik’s messenger will be faster than their horses, and I will no longer be here by the time they arrive » — le messager d’Erlik ira plus vite que leurs chevaux, et il ne sera plus là quand ils arriveront. La mort n’est pas l’anéantissement muet : c’est une convocation, portée par un envoyé, adressée par un royaume voisin à qui vit encore.

Erlik ≠ le Ciel bleu du même roman. Le Ciel-Père se prie, se remercie, se dénonce, comme un aïeul qu’on garde à portée de voix — un vieillard, capable de devenir sourd. Erlik ne vieillit pas et ne reçoit aucune prière directe : on négocie son rang par un diminutif, et on ne le rencontre en personne qu’au moment où l’on cesse justement de pouvoir parler. Et Erlik ≠ Māra : le Tentateur bouddhique guette les vivants relâchés pour les asservir par le plaisir, puis desserre sa prise si la vigilance grandit ; Erlik ne séduit ni ne relâche personne — il règne sur un pays où l’on va, un point final plutôt qu’une prise qu’on peut dénouer.

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