Conatus
conatus
L'effort par lequel chaque chose tend à persévérer dans son être. Chez Spinoza, ce n'est pas un attribut de la chose mais son essence même en acte : une pierre, un arbre, un homme ne sont rien d'autre que la poussée par laquelle ils se maintiennent dans l'existence. Le conatus est l'axe autour duquel tourne toute l'Éthique — désir, joie, vertu s'y ramènent.
L’effort par lequel chaque chose s’efforce de persévérer dans son être n’est rien en dehors de l’essence actuelle de cette chose.
Le latin conatus — de conari, s’efforcer, tenter — désigne l’élan, la tension, la mise en effort. Spinoza en fait le premier principe de sa physique des existants : « Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être » (III.6). Non par un décret venu du dehors, ni par un instinct ajouté à la chose, mais parce qu’une chose ne porte en elle rien qui puisse la détruire. Exister, c’est déjà résister à sa propre disparition.
Le pas décisif est franchi à la proposition suivante : cet effort n’est rien en dehors de l’essence actuelle de la chose. Le conatus n’est pas ce que la chose a, c’est ce qu’elle est. Il n’y a pas d’abord un être, puis une tendance à se conserver ; la tendance est l’être même, saisi comme puissance en acte. De là toute la suite : rapporté à l’âme et au corps ensemble, le conatus s’appelle appétit ; conscient de lui-même, il devient désir. La joie n’est que son accroissement, la tristesse sa diminution.
À distinguer de la volonté ou du désir conscient : le conatus n’est pas un choix, pas une faculté délibérante. Il précède toute conscience et la fonde. Nous ne désirons pas une chose parce que nous la jugeons bonne — nous la jugeons bonne parce que le conatus nous y porte déjà. C’est retourner l’ordre commun des raisons : l’appétit est premier, le jugement suit.
À distinguer aussi de l’instinct de conservation biologique : le conatus n’est pas une pulsion vitale parmi les propriétés d’un vivant, mais la formule ontologique de tout ce qui est — modes finis exprimant, chacun à sa manière déterminée, la puissance infinie de la substance. Quand cette puissance est mue du dehors et retournée contre elle-même, l’existant tombe dans la servitude ; quand elle procède de sa seule nature, elle est vertu et puissance d’agir.