Tristesse
tristitia (latin scolastique)
Chez Spinoza, la tristesse n'est pas une humeur mais un passage : la diminution de la puissance d'agir, le franchissement d'un seuil vers une moindre perfection. Elle est l'exacte symétrique de la joie. Toute passion triste nous rend moins capables d'agir et de comprendre.
La Tristesse est le passage de l'homme d'une plus grande à une moindre perfection.
Comme pour la joie, le mot décisif est passage. La tristesse n’est pas un degré bas de perfection, c’est le mouvement même par lequel on descend d’un degré à un autre. On ne « possède » pas la tristesse ; on la traverse, dans le sens de la diminution.
Le rapport à la puissance-agir est direct : puisque l’effort par lequel chaque chose persévère dans son être est sa réalité même, tout ce qui le diminue est éprouvé comme tristesse. La tristesse est donc le signe affectif d’une puissance entravée — non un péché, non une faute, mais une baisse de régime de l’existence.
De là une conséquence que Spinoza assume jusqu’au bout : aucune passion triste n’est jamais bonne en soi. Là où une certaine morale valorise la componction ou la mortification, l’Éthique tient que la tristesse, en tant que telle, nous rend toujours moins parfaits — c’est-à-dire moins réels.