taʾwīl
Interprétation allégorique ou symbolique d’un texte sacré, visant à en révéler le sens profond au-delà de la lettre. Elle suppose une distinction entre un sens apparent (exotérique) et un sens caché (ésotérique), réservé à ceux capables de démonstration rationnelle. Le taʾwīl opère comme un outil de conciliation entre la vérité religieuse et la vérité philosophique, sans nier la validité du texte littéral pour les non-initiés.
16 nous avons dit, qu'il y a dans la Loi divine un sens extérieur qu'il n'est pas permis d'interpréter, dont l'interprétation, s'il s'agit des principes fondamentaux, est infidélité, et s'il s'agit dé ce qui est subordonné aux principes, hérésie ; mais qu'il y a aussi un sens extérieur dont l'interprétation est obligatoire pour les hommes de démonstration et qu'ils ne peuvent prendre à la lettre sans être des infidèles, tandis que pour ceux qui ne sont pas hommes de démonstration, le fait de l'interpréter, de le détourner de son sens apparent, est, de leur part, infidélité ou hérésie.
Le taʾwīl désigne une herméneutique qui dépasse la lecture littérale des Écritures pour en extraire un sens intelligible, adapté aux exigences de la raison démonstrative. Dans le passage cité, il fonctionne comme un critère de légitimité : son usage n’est ni universel ni arbitraire, mais strictement conditionné par la capacité du lecteur à accéder à une compréhension supérieure. Le texte sacré se divise ainsi en deux registres : l’un, accessible à tous, dont l’interprétation serait une transgression ; l’autre, réservé aux « hommes de démonstration », pour qui le refus du taʾwīl équivaut à une méconnaissance de la vérité.
Cette opération n’est pas un simple commentaire, mais une réappropriation active du sens, où la lettre devient le support d’une vérité philosophique. Le taʾwīl ne nie pas l’autorité du texte apparent ; il en révèle la profondeur en montrant que certains énoncés, pris au pied de la lettre, conduiraient à des contradictions avec les principes rationnels. Il s’agit donc d’un acte à la fois nécessaire et dangereux : nécessaire pour ceux qui peuvent le pratiquer, dangereux pour ceux qui en seraient incapables, car il risquerait de corrompre leur foi en les exposant à des interprétations erronées.
Le contraste s’établit ici entre deux types d’interprétation : l’une, littérale, qui préserve l’unité de la communauté en maintenant un sens commun ; l’autre, allégorique, qui assume une hiérarchie des intelligences et des vérités. Le taʾwīl n’est pas un rejet du religieux, mais une manière de l’élever à la hauteur de la pensée, sans pour autant dissoudre son ancrage dans la révélation. Il incarne ainsi une tension féconde entre fidélité et liberté, où la sagesse consiste à savoir quand et comment interpréter.