grec · Stoïcisme

prohairesis

Faculté de jugement par laquelle l’être humain choisit ou rejette une représentation avant d’y assentir. Elle désigne l’acte même de la volonté libre, distincte des impulsions extérieures, et fonde la responsabilité morale. Sans elle, l’esprit n’est qu’un miroir passif des événements, incapable de distinguer ce qui dépend de lui de ce qui lui échappe.

Penser au hasard, donner au hasard son « assentiment » à telles ou telles idées, n’est-ce pas perdre sa liberté et sa dignité pour devenir le jouet des choses ?
Épictète, Manuel, . · trad. Jean-Marie Guyau (1875) · source

La prohairesis est ce par quoi l’homme se distingue des choses inertes ou des animaux : elle est le lieu où s’exerce le pouvoir de dire « oui » ou « non » à ce qui se présente à l’esprit. Elle ne se confond pas avec la simple opinion, qui peut être subie, ni avec le désir, qui naît souvent d’une représentation non examinée. Elle est l’instant où la raison, avant d’agir, pèse la valeur d’une idée, d’une émotion ou d’une circonstance, et décide si elle mérite d’être accueillie ou repoussée. Dans la citation, Épictète souligne le danger de céder cette faculté au hasard : sans elle, l’assentiment devient mécanique, et l’homme se réduit à un objet ballotté par les événements.

Opérer par prohairesis, c’est donc refuser de laisser les représentations s’imposer d’elles-mêmes. Une impression de colère, de peur ou de plaisir frappe d’abord l’esprit comme un fait brut ; mais c’est à la prohairesis qu’il revient de l’interroger : « Cette colère est-elle juste ? Cette peur est-elle fondée ? » Si l’assentiment est donné sans examen, l’homme abdique sa liberté. La dignité dont parle le Manuel réside précisément dans cette capacité à suspendre le jugement, à ne pas se laisser entraîner par le premier mouvement. Elle est la marque d’un être qui ne subit pas, mais choisit.

Cette faculté n’est pas un pouvoir abstrait : elle s’exerce dans le concret des situations, là où les autres voient des contraintes, elle discerne des choix. Elle ne supprime pas les événements extérieurs, mais elle en délimite la portée. Ce qui dépend de nous — nos jugements, nos actions — relève de la prohairesis ; ce qui n’en dépend pas — la mort, la réputation, les biens — ne doit pas la corrompre. En cela, elle est à la fois un rempart et un outil : elle protège l’homme des illusions et lui permet d’agir en accord avec sa nature raisonnable.

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