Pagamento
pagamento (espagnol de contact ; kággaba/kogi)
« Paiement », « rétribution » : pour le peuple kággaba (kogi) de la Sierra Nevada de Santa Marta, travail spirituel — offrande, cérémonie, procédé traditionnel — rendu aux sites sacrés en contrepartie de l'usage que les humains font des éléments de la terre. Les éléments ne sont pas donnés mais *prêtés* ; en user ouvre une dette qu'il faut sans cesse solder, sur les lieux consacrés et par les mamos, afin de maintenir l'équilibre naturel selon la Loi d'origine. Terme espagnol employé par l'Organisation Gonawindúa Tayrona pour rendre au-dehors une pratique qui ne relève pas du savoir fermé. Non un flux où l'on se trouve pris (l'ayni andin), mais une rétribution qu'on dépose.
Pagamentos: Son trabajos, ceremonias o procedimientos tradicionales que se realizan en y hacia los sitios sagrados como retribución espiritual a la naturaleza por el uso que hacemos de sus elementos.
Pagamento n’est pas un mot de la langue kággaba : c’est l’espagnol — la langue d’interlocution avec l’État colombien — dans lequel l’Organisation Gonawindúa Tayrona, qui parle au nom des Kogi, rend au-dehors une notion centrale. Le choix du mot est déjà tout un monde : là où nous dirions « offrande » ou « rite », les Kággaba disent paiement. Car il s’agit littéralement de payer une dette.
Le raisonnement est celui d’un prêt. On se sert des éléments de la terre — on en fait « usage » ; c’est inévitable, il faut vivre. Mais ces biens sont prêtés, non donnés : ils restent, en droit, à la nature et à ses maîtres spirituels. Le pagamento est la rétribution qui compense l’usage — « retribuir a la naturaleza por los bienes prestados » — et ce n’est pas un geste facultatif de gratitude : c’est un devoir confié aux quatre peuples de la Sierra, que les mamos savent accomplir aux sites sacrés. Le lieu, disent-ils, « se nourrit » de ces paiements ; cesser de payer, ou piller ses matériaux, c’est le rendre malade, et la maladie du site devient celle des vivants.
À distinguer de l’ayni andin, avec lequel on aurait tôt fait de le confondre sous l’étiquette d’une « réciprocité indigène ». L’ayni est une circulation : une énergie qui passe entre toutes les formes d’existence, où l’on est déjà pris, symétrique, sans médiateur. Le pagamento est une dette : asymétrique, verticale, rendue par des spécialistes en des lieux précis, aux maîtres qui prêtent. Les Aymaras des hauts plateaux et les Kággaba de la Sierra Nevada — deux peuples, deux langues sans parenté — refusent tous deux d’appeler le vivant « ressource » ; ils ne le refusent pas du même geste. L’un fait circuler ce qui ne doit pas s’arrêter ; l’autre paie ce qui ne s’éteint jamais.
La pratique du pagamento relève de ce que l’OGT a elle-même rendu public. Le reste — les lieux précis, les gestes des mamos — appartient au savoir fermé, et n’a pas à être exhumé. Le terme prolonge, du côté de la dette rendue, ce que la Loi d’origine dit de la norme : un ordre qui tient à cette Sierra, et qui se paie dans son sol.