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title: "Le récit historique entre langue et science"
sousTitre: "Deux cadres pour une même matière"
description: "George Orwell nomme une langue officielle comme élément d'un système politique, tandis qu'Ibn Khaldûn classe l'histoire parmi les sciences. Ces deux énoncés, sans se répondre, encadrent le récit historique dans des structures qui le déterminent : l'une institutionnelle, l'autre disciplinaire."
date: 2026-10-23
lang: fr
tradition: transversal
auteurs: ["George Orwell", "Ibn Khaldûn"]
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# Le récit historique entre langue et science

La matière historique se présente sous deux formes distinctes dans les textes qui suivent. L’une est désignée comme une langue, l’autre comme une science. Ces deux énoncés ne se rencontrent pas, mais ils situent le récit dans des cadres qui le précèdent et le contiennent.

## Une langue officielle

George Orwell écrit :

> 1 Newspeak was the official language of Oceania. For an account of its structure and etymology see Appendix .
>
> — **George Orwell**, *Nineteen Eighty-Four EN avec appendice Newspeak*

Le texte nomme une langue et l’associe à une entité politique. Il ne décrit ni son usage, ni ses effets, ni ses intentions. Il se limite à constater son statut officiel et à renvoyer à un appendice pour sa structure. La langue est ici une donnée institutionnelle, liée à un système dont le nom est mentionné : *Oceania*. Le récit historique, s’il existe dans ce cadre, n’est pas évoqué directement. Mais la langue qui le porte est déjà désignée comme officielle.

## Une science parmi d’autres

Ibn Khaldûn, dans *Les Prolégomènes*, place l’histoire sous un autre angle :

> Histoire des dernières années de la vie d'ibn-khaldoun i.xxxiii Suite de l'introduction xciii Liste des chapitres dont se compose l'histoire universelle xcvii Notice des manuscrits de l'uistoire universelle et des prolégomènes cm Observations sur l'Édition de boulac et sur les traductions de péri-zadé et DE DJEVDET EFBNDI CXIII Préface de i.'auteur i L'histoire est une branche de la philosophie et doit compter au nombre des sciences.
>
> — **Ibn Khaldûn**, *Les Prolégomènes (Muqaddima), tome 1*. éd. Notices et extraits, Imprimerie impériale, Paris, 1863, t. 1, trad. William Mac Guckin de Slane.

Le texte ne parle ni de pouvoir, ni de manipulation, ni de cycles dynastiques. Il classe l’histoire dans un ensemble plus large : la philosophie, et par extension, les sciences. Il ne précise pas comment cette classification agit sur le récit historique, ni quelles en sont les conséquences. Il se contente d’énoncer une place, une appartenance disciplinaire.

## Deux cadres, une matière

Les deux passages ne se répondent pas. L’un parle d’une langue officielle, l’autre d’une science. Ils ne décrivent ni l’un ni l’autre le processus de fabrication du récit historique. Ils ne mentionnent pas non plus les mécanismes de domination ou de légitimation.

Pourtant, ils encadrent tous deux le récit historique dans des structures qui le déterminent :
- Une langue, désignée comme officielle, liée à une entité politique (*Oceania*).
- Une discipline, classée parmi les sciences, rattachée à la philosophie.

Ces deux énoncés, sans se croiser, situent le récit historique dans des systèmes qui le précèdent. L’un le place dans un ordre linguistique, l’autre dans un ordre épistémologique. Ni l’un ni l’autre ne disent comment ces cadres agissent sur le passé. Ils se contentent de les nommer.

## Sources

- George Orwell, *Nineteen Eighty-Four EN avec appendice Newspeak* — 
- Ibn Khaldûn, *Les Prolégomènes (Muqaddima), tome 1* — Notices et extraits, Imprimerie impériale, Paris, 1863, t. 1, trad. William Mac Guckin de Slane


Source canonique : https://viasophia.org/articles/2026-10-23-recit-historique-entre-langue-science/
